Billets d'humeur, Non classé, Société

Stop aux questions embarrassantes

Certaines personnes ont le chic pour assimiler des périodes de la vie ou des états – je pense en particulier à l’enfance, à la vieillesse et à la femme enceinte –, à de la débilité. Ce qui les autorise, semblent-elles croire, à enfreindre les règles élémentaires de la civilité. C’est comme ça qu’on se retrouve à se faire caresser les joues, tâter le ventre à devoir répondre à une quantité phénoménale de questions indiscrètes jugées normales par ceux qui les posent.

Billets d'humeur, Non classé, Société

Catsi75, où es-tu ?

C’était une partenaire redoutable, qui m’a battue à plates coutures à de multiples reprises. Le genre d’adversaire que vous pensez avoir écrasé avec un mot à 76 points et qui, telle un Phénix renaît de ses cendres et vous plie sur le sprint final. Elle sort de son chapeau magique un « x » ou un « z » qui compte triple, couplé d’un Scrabble – un mot de sept lettres, je le rappelle aux non-initiés – et bim, la partie est pliée. Faut pas avoir d’ego pour joier contre Catsi75.

Histoires et récits, Mes chroniques de Londres

Mes chroniques de Londres / I beg your pardon

A 7h26, j’avais fait mon check-out, laissé ma valise à la consigne de l’hôtel et prévenu mes camarades de ne pas m’attendre pour aller en cours. Je décide de marcher parce que c’est de n’avoir pas marché les jours précédents qui avait grillé mes neurones. Le nez camouflé dans mon écharpe je brave le froid matinal et me lance sur Shaftesbury Avenue. Il fut un temps où ces rues et ces avenues n’avaient aucun secret pour moi, parce que Londres était ma ville. Les années ont passé, j’y suis peu retournée, j’ai oublié. J’étais décidée à me rafraîchir, le corps et la mémoire. Je marche direction Picadilly Circus. Nous sommes peu dans les rues. Beaucoup vont travailler, comme ces ouvriers que j’entends au loin ponctuer leur phrase de «  This fucking bastard… », ça me fait sourire. Je fais des détours par Seven Dials, une boutique familière est toujours là. Je passe devant une salle de musical où j’étais allée voir Priscilla Queen of the Desert. Curzon cinema, comment avais-je pu oublier que j’avais fréquenté cette salle obscure ? China Gate à ma gauche. Dans la nuit finissante l’écran publicitaire de Picadilly Circus diffuse sa lumière jaune. Ca saute au rythme du changement de pubs. La place a une allure de studio de cinéma. Les passants sont les figurants, j’en suis une aussi, pendant ce temps les acteurs sont dans un préfabriqué en train de se faire maquiller.

Littérature étrangère, Livres

« My Absolute Darling » de Gabriel Tallent

Le matin, elle descend à la cuisine, gobe des œufs, attrape une canette de bière qu’elle jette à son père qui la saisit en plein vol. Ça ne rate jamais. Ces deux-là n’ont pas besoin de se parler. Leur fusion est telle que les mots n’auraient aucun sens. Ils sont tout l’un pour l’autre. Ils vivent dans une maison isolée, entourée de champs, l’océan n’est pas loin. Sous couvert d’intérêt écologique, de préparation à la fin du monde, de refus de la société de consommation, Martin a fait de Turtle une enfant à part. A 14 ans, elle manie les armes comme personne, sait se repérer en forêt la nuit, allumer un feu sans briquet… − enseignement qui va lui permettre de sauver des vies, mais qui pourrait bien se retourner contre celui qui l’a prodigué...

Billets d'humeur, Société

Nous sommes peu de choses / Smartphone

il fréquente tous nos proches. Surnoms, mots de passe, déplacements, fréquence d’achats, addiction aux réseaux sociaux, goûts musicaux, émotion... on le laisse entrer dans notre vie jusque dans le moindre recoin. Il nous voit rire, pleurer et réfléchir, galérer pour rédiger un message qui veuille dire quelque chose, râler quand par mégarde on a appuyé sur « Envoyer » trop hâtivement. Quel secret peut-on se vanter de ne lui avoir pas confié ? Il nous suit aux W.-C. Il entre dans notre salle de bain. Qui ne l’a jamais pris dans son lit ? Combien de fois nous a-t-il vu dans notre plus simple appareil ? C’est vrai qu’il passe beaucoup de temps dans l’obscurité, d’un sac à main ou de la poche arrière d’un jean, mais à table, bien souvent, c’est lui qui trône.

Billets d'humeur, Non classé

Bonne année 2019

Pour cette nouvelle année, je ne prends aucune bonne résolution mais émets un vœu, un seul, qui à mon sens pourrait changer le cours de l’Histoire : Que les architectes des lieux publics, des théâtres par exemple, comprennent enfin qu’il leur faut concevoir trois fois plus de W.-C. pour les femmes que pour les hommes.

Littérature française, Livres

« Voyou » de Itamar Orlev

Comment parvenir à aimer ce père qui a tant fait souffrir ? Comment le détester complètement ? Peut-être en le portant sur son dos quand il ne peut plus marcher, l’humilier pour se venger un petit peu. Mais il suffit qu’il dépose sa tête sur l’épaule de son fils, que ses jambes maigrelettes enserrent ses hanches pour ne pas tomber, pour que le cœur de Tadek chavire. Elle ressemble à ça l’histoire de Tadzio et de Stefan, « je t’aime, mais si tu savais combien je te hais ».

Billets d'humeur, Société

Les lave-linge sont manichéens

J’ai bifurqué vers la gauche, dans une petite rue qu’il m’a semblé n’avoir jamais empruntée et dans laquelle je ne saurais revenir. J’ai immédiatement senti une forte odeur de lessive qui m’a laissée présager qu’il y avait un Lavomatic tout près. J’ai pressé le pas car les Lavomatic sont des lieux de grande convoitise depuis le collège. Je vois en eux l’investissement suprême : tu n’as rien à faire, pas même à ouvrir ni à fermer les portes que désormais une clé magnétique ou un code programmé active et désactive à heures fixes. Les gens glissent des pièces, des billets ou leur CB et hop, ça se déclenche. Tu contribues à détruire le sale et restaurer le propre. Tu détruis le mal et encourages le bien. C’est très manichéen et en plus, tu empoches la monnaie sans te fatiguer. Le business idéal.

Billets d'humeur, Société

Dormir, geste nec plus intime

Il y a ces nuits où l’on tourne et retourne à la recherche de la bonne position. Celles où l’on compense l’absence de l’être aimé par un oreiller. Celles où l’on se blottit contre son enfant parce qu’on a peur, du noir, de la vie, du néant, de tout. Voyager et s’asseoir sur le lit en se disant « Tiens, ils ont oublié de mettre le matelas. » Ben non, en fait, il y était. Un mémorise la forme, l’autre nous fait toucher le sol du popotin, avec le troisième on devine un petit pois.

Littérature étrangère, Livres

« Ecoute la ville tomber » de Kate Tempest

Ecoute la ville tomber obéit à un rythme musical qui pulse. C’est saccadé. Entre chaque beat, l’amour et l’amitié murmurent leur douce mélodie. Un roman empreint d’une énergie qui donne envie de vivre. On a l’espoir que ces trois jeunes s’en sortiront. Si personne n’a cru en eux jusque-là, ce n’est pas notre cas.

Billets d'humeur, Société

J’ai cassé ma perche à selfie

Voir des gens photographier et filmer tout et n’importe quoi – de la cohue dans le métro un jour d’inondation aux paquets cadeaux d’anniversaire pas encore ouverts en passant par la salle d'attente de l'aéroport où l'on s'apprête à embarquer et à la statue grecque dont on caresse le genou pour bien indiquer qu’on était là – « j’étais là, j’ai vu la statue, je la touche, t’as vu ?! t’as vu ?! » – et aux vidéos de ses enfants en train de descendre du toboggan ou de tirer la queue du chien, quand on ne les prend pas sur le pot… me déprime. En fait ce ne sont pas ces photos-là qui me rendent malade, mais leur usage à outrance, leur profusion, la surconsommation que nous en faisons.

Billets d'humeur, Société

La revanche des littéraires

Longtemps j’ai pleuré le sort réservé aux littéraires et aux atypiques. Tout particulièrement en France, parce que si vous faites vos « humanities » aux Etats-Unis, l’éventail des possibles s’ouvre à vous. En Angleterre, vous pouvez diriger une banque en étant titulaire d’une maîtrise d’histoire. En France il vous faudrait montrer patte blanche, c’est-à-dire dérouler une liste de diplômes longue comme l’A20, si tant est que cela puisse suffire.

Littérature étrangère, Livres

« Demande à la poussière » de John Fante

Dans une langue ciselée, ce roman court est un uppercut. Il nous donne autant envie de prendre Bandini sous son aile que de lui en coller une, qu’il aurait bien méritée au demeurant. Mais il est attachant l’ami. Il l’est d’autant plus que beaucoup se reconnaîtront dans cet anti-héros que l’Amérique n’aime pas voir exposé. Ce qu’on disait de toi, John, est donc bien vrai. Avec une longueur d’avance sur ton temps tu as commis ici de la très grande littérature. Chapeau bas.

Littérature étrangère, Livres

« La Femme à part » de Vivian Gornick

Ici, le temps accordé à la contemplation est grand. C’est rare d’entendre une parole dans ce sens à notre époque qui roule à toute berzingue. Le temps d’être chez-soi, de l’observation. La réflexion qui ne peut que se déployer dans l’inaction active. Il y a de la douceur dans tout ça, comme un fil de coton qu’on déroulerait lentement. Mais ça n’empêche pas le caractère bien trempé de Vivian Gornick de venir nous titiller !

Littérature française, Livres

« Le Sillon » de Valérie Manteau

Il s’appelait Hrant Dink, et ce n’est pas facile à prononcer. Salement abandonné par ses parents alors qu’il était tout minot il est devenu journaliste. Il a fait de la vérité sur le massacre perpétré à l’égard des Arméniens et sur le sort qui leur est réservé, son combat. Au péril de sa vie, car tué en pleine rue stambouliote en 2007.

Histoires et récits, Mes chroniques de Londres

Mes chroniques de Londres / J1

« London is calling » Temps de lecture : 32'' La promo #Etincelles s’apprête à sévir à l’étranger une dernière fois. Ce coup-ci, ce sera à Londres. Cinq journées de cours à Imperial College. Gageons que nous revenions la tête bien pleine d’idées et de techniques astucieuses, le cœur réchauffé par une bonne pinte de bière au coin… Lire la suite Mes chroniques de Londres / J1

Billets d'humeur, Société

Qui suis-je ?

Je contribue à faire vivre des artisans et constitue un petit cadeau rapporté de vacances,  ou chipé dans un hôtel. Je suis une petite attention, à moins que je ne sois un message subliminal de mon expéditeur à mon destinataire ? Dans bien des cas, je suis offert par une femme à une autre femme. Je suis dit « de Marseille » mais parfois je viens de loin, d’Alep par exemple, même si tout porte à croire que les infrastructures pour me fabriquer ont disparu.