Littérature française, Livres

« Les Débutants » de Anne Serre

Raconter le début d’une histoire d’amour et la fin d’une autre, dire les émotions, les sentiments, les doutes, les interrogations, les SMS qu’on voudrait écrire, qu’on efface puis qu’on réécrit, efface et écrit de nouveau, qu’on envoie et qu’après on se brûle de les avoir envoyés. Les effets secondaires sur le corps de l’amour (fièvre, rage de dents), l’attente, l’espoir de le croiser « par hasard » sur la place du village, le besoin irrépressible de se confier à des amis, à sa coiffeuse, l’apprentissage d’un corps nouveau...

Livres, Non-fiction

« Sapé comme jadis » de Yvane Jacob

Vous mourrez d’envie de savoir pourquoi Johan Cruyff (joueur de foot) a retiré une bande de son maillot, la raison qui a poussé Pol Pot a exterminé tous les individus qui portaient des lunettes, dans quelles conditions Jules Léotard a inventé le justaucorps, la transformation réussie d’un foulard en symbole de lutte international par Yasser Arafat...

Livres, Non-fiction

« J’ai oublié » de Bulle Ogier, avec Anne Diatkine

Comme tout le monde elle a un prénom, très classique, plutôt moche à dire vrai. Et comme beaucoup, elle a un surnom qui est devenu son nom d’usage, un genre de Miou-Miou. Un surnom qui lui a été octroyé avant même sa naissance : Bulle, comme une bulle de savon, qui flotterait, évanescente, transparente et capable de capter toutes les couleurs du monde, de monter très haut, de descendre très bas, d’être poussée par de grands vents ou, au contraire, de voleter telle une libellule à l’abord d’une rivière rafraîchissante.

Littérature française, Livres

« Le Ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena

C’est par élan de vie que le jeune Vicente Rosenberg a choisi de partir pour l’Argentine en 1928. Par élan de vie et aussi pour s’éloigner de sa mère et, il est le premier à le reconnaître, ça l’avait tellement soulagé de côtoyer librement ses amis, les nouveaux et les anciens, et toutes ces personnes pétillantes qu’il rencontrait alors sans l’avoir sur le dos. Il s’était réinventé une identité...

Livres, Non-fiction

« Que faites-vous de vos morts ? » de Sophie Calle

Est-ce que vous leur demandez de faire tempête le jour de votre anniversaire ? Est-ce que vous réussissez à les effacer de Facebook ? Est-ce que vous prenez une grosse cuite en leur honneur ? Est-ce que vous les pleurez, les engueuler, leur pardonner, leur demander pardon ? Est-ce que vous les enterrez, tout simplement. Est-ce que de temps à autre vous entrez dans une parfumerie pour respirer leur parfum fétiche ?

Billets d'humeur, Société

De l’art de collectionner les moustaches de chat

J’en trouve partout. Dans le lit, parterre, entre les poils du tapis avec lequel elles se confondent, collées à la couverture d’un livre, dans un sac de voyage, sur le col d’une chemise… partout. Elles arrivent par grappe, puis se raréfient, suivant un cycle de pousse et de tombaison, comme pour les cheveux. Je les pince entre deux doigts ou mouille mon index pour qu’elles se collent dessus...

Billets d'humeur, Société

Madame Renée : respect

Elle a exercé les professions d’ouvrière en usine, de serveuse, de concierge et de dame-pipi, avant d’embrasser une carrière d’actrice à l’âge de 74 ans – oui, soixante-quatorze ans ! C’est Klapisch qui l’a découverte et c’est avec Chacun cherche son chat qu’elle a explosé.

Féminisme, Littérature étrangère, Livres

« La persuasion des femmes » de Meg Wolitzer

« Greer Kadetsky rencontra Faith Franck en octobre 2006 », c’est comme ça que tout commença, et le roman et la relation qui allait unir Greer à Faith. Un peu à l’étroit On ne peut pas dire que Greer ait eu une enfance heureuse : des parents à la limite de la marginalité, un grand sentiment de solitude,… Lire la suite « La persuasion des femmes » de Meg Wolitzer

Littérature étrangère, Livres

« Girl » de Edna O’Brien

Là où la jeune fille croyait retrouvait douceur et amour, elle ne trouve que dévastation et rejet.Plus douloureux encore que le fait d’avoir été arrachée à sa vie, d’avoir été réduite en esclavage, elle est rejetée par les siens. Elle est accusée d’impureté. Mais la vie n’a pas dit son dernier mot, une lueur d’espoir poind.

Billets d'humeur, Société

Adieu, ma vendeuse de chaussures

J’ai repensé à la dernière paire que j’avais achetée dans cette boutique et j’ai regretté de n’avoir pas su que c’était la dernière fois que je faisais ce geste somme toute anodin. C’est ça qui est terrible dans la vie. Bien souvent, on ne sait pas que c’est la dernière fois qu’on rit aux éclats avec ses amis, qu’on se love dans les bras de l’être aimé, qu’on déguste le riz-au-lait de mamie, qu’on signe un contrat ou se promène en tel endroit. Ça vous fauche en plein vol sans crier gare et c’est point final.

Billets d'humeur, Société

Stop aux questions embarrassantes

Certaines personnes ont le chic pour assimiler des périodes de la vie ou des états – je pense en particulier à l’enfance, à la vieillesse et à la femme enceinte –, à de la débilité. Ce qui les autorise, semblent-elles croire, à enfreindre les règles élémentaires de la civilité. C’est comme ça qu’on se retrouve à se faire caresser les joues, tâter le ventre à devoir répondre à une quantité phénoménale de questions indiscrètes jugées normales par ceux qui les posent.

Billets d'humeur, Société

Catsi75, où es-tu ?

C’était une partenaire redoutable, qui m’a battue à plates coutures à de multiples reprises. Le genre d’adversaire que vous pensez avoir écrasé avec un mot à 76 points et qui, telle un Phénix renaît de ses cendres et vous plie sur le sprint final. Elle sort de son chapeau magique un « x » ou un « z » qui compte triple, couplé d’un Scrabble – un mot de sept lettres, je le rappelle aux non-initiés – et bim, la partie est pliée. Faut pas avoir d’ego pour joier contre Catsi75.

Billets d'humeur, Société

Nous sommes peu de choses / Smartphone

il fréquente tous nos proches. Surnoms, mots de passe, déplacements, fréquence d’achats, addiction aux réseaux sociaux, goûts musicaux, émotion... on le laisse entrer dans notre vie jusque dans le moindre recoin. Il nous voit rire, pleurer et réfléchir, galérer pour rédiger un message qui veuille dire quelque chose, râler quand par mégarde on a appuyé sur « Envoyer » trop hâtivement. Quel secret peut-on se vanter de ne lui avoir pas confié ? Il nous suit aux W.-C. Il entre dans notre salle de bain. Qui ne l’a jamais pris dans son lit ? Combien de fois nous a-t-il vu dans notre plus simple appareil ? C’est vrai qu’il passe beaucoup de temps dans l’obscurité, d’un sac à main ou de la poche arrière d’un jean, mais à table, bien souvent, c’est lui qui trône.

Billets d'humeur, Société

J’ai cassé ma perche à selfie

Voir des gens photographier et filmer tout et n’importe quoi – de la cohue dans le métro un jour d’inondation aux paquets cadeaux d’anniversaire pas encore ouverts en passant par la salle d'attente de l'aéroport où l'on s'apprête à embarquer et à la statue grecque dont on caresse le genou pour bien indiquer qu’on était là – « j’étais là, j’ai vu la statue, je la touche, t’as vu ?! t’as vu ?! » – et aux vidéos de ses enfants en train de descendre du toboggan ou de tirer la queue du chien, quand on ne les prend pas sur le pot… me déprime. En fait ce ne sont pas ces photos-là qui me rendent malade, mais leur usage à outrance, leur profusion, la surconsommation que nous en faisons.

D'après une histoire vraie, Histoires et récits

« Entrer dans le monde tous les matins/Une histoire écrite avec mon chat »

Certains jours le chat me rejoint. Ce matin, l’amie féline est à mes pieds, dans la position dite du « rôti ». Elle me regarde, la tête inclinée avec un air de « oh, toi qui m’aimes tant et qui ne me refuses rien quand je prends mon air craquant comme en ce moment, regarde comme je te domine ». D’autres jours, elle se faufile entre mon dos et le gros oreiller ou s’installe carrément sur mon cahier, me refusant le droit d’écrire. Il y a des chats chics (j’en ai vu dans deux cafés sélect), il y a des chats commerçants (j’en ai vu officier dans une librairie), il y a des chats ronronthérapeuthes (qui sont employés dans les bars à chats) et il y a mon chat, un chat antilittéraire.

Billets d'humeur, Non classé, Société

La revanche des littéraires : en réponse à vos réactions

à tous les atypiques qui tracent leur route avec plus ou moins d'aisance dans ce monde ultra-normé, à tous les non-standardisés, à tous les littéraires (assumés ou contrariés), une pensée chaleureuse. Nous sommes nombreux, et nous sommes puissants !

Billets d'humeur, Société

La revanche des littéraires

Longtemps j’ai pleuré le sort réservé aux littéraires et aux atypiques. Tout particulièrement en France, parce que si vous faites vos « humanities » aux Etats-Unis, l’éventail des possibles s’ouvre à vous. En Angleterre, vous pouvez diriger une banque en étant titulaire d’une maîtrise d’histoire. En France il vous faudrait montrer patte blanche, c’est-à-dire dérouler une liste de diplômes longue comme l’A20, si tant est que cela puisse suffire.

Littérature étrangère, Livres

« La Femme à part » de Vivian Gornick

Ici, le temps accordé à la contemplation est grand. C’est rare d’entendre une parole dans ce sens à notre époque qui roule à toute berzingue. Le temps d’être chez-soi, de l’observation. La réflexion qui ne peut que se déployer dans l’inaction active. Il y a de la douceur dans tout ça, comme un fil de coton qu’on déroulerait lentement. Mais ça n’empêche pas le caractère bien trempé de Vivian Gornick de venir nous titiller !

Littérature étrangère, Livres

« Jours d’hiver » de Bernard MacLaverty

Les habitudes individuelles et collectives qui disent les personnalités, l’intimité qui s’est créée, les rythmes, les repères, les lassitudes et le réconfort. Les blagues usées jusqu’à la corde qui énervent autant qu’elles rassurent. C’est à la fois le terreau d’une relation de couple et son ciment. Les racines se sont enfoncées il y a longtemps, en terre irlandaise. Mais un énième attentat qui les avait, cette fois, marqués dans leur chair de catholiques, les avait convaincus de se déraciner pour aller s’épanouir ailleurs.

Littérature française, Livres

« Tour d’ivoire » de Patrice Jean

Quand on vit dans le meilleur des mondes, tous nos idéaux peuvent être étendus tels des étendards flamboyants mais dès lors que la basse réalité matérielle vient cogner, le bel équilibre valdingue. Pas immédiatement, bien sûr, mais mois après mois, année après année. C’est alors qu’il y a de la friture sur la ligne, à commencer par les relations qu’on a le plus investies...

Littérature française, Livres

La Clé USB

Temps de lecture : 50’’ Imaginez que vous soyez employé par la Commission européenne, que deux individus plutôt louches vous propose un marché pas très clair, que vous refusez bien évidemment, et qu’en partant ils oublient négligemment une clé USB, que feriez-vous ? Ni une ni deux, vous feriez comme le personnage de Clé USB, vous vous… Lire la suite La Clé USB

Livres, Non-fiction

« Bleuets » de Maggie Nelson

Sous la forme de courts paragraphes numérotés de 1 à 240, Maggie Nelson puise dans la philosophie, les sciences, la poésie, la bouffe, sa vie pour dire son amour pour le bleu. Le bleu, couleur préférée des adultes dans pays occidentaux et de la moisissure alimentaire : roquefort. Couleur réputée pour couper l’appétit : ne jamais peindre sa cuisine en bleu ni servir dans des assiettes bleues, sauf si on veut faire des économies. Acyanoblepsie : absence de perception de la couleur bleue...