Littérature étrangère, Livres

« Demande à la poussière » de John Fante

Temps de lecture : 2’44

Je n’avais encore jamais lu du John Fante. J’en avais un peu honte. Je connaissais son nom bien sûr, je savais que ce monsieur était un grand nom de la littérature, qu’il avait influencé des écrivains de la Beat Generation – jusque-là je pouvais briller en société, ouf –, mais je n’en avais jamais lu.

Comment faire pour tout lire ?

Il y a un truc très embêtant avec les livres, c’est qu’on ne cesse d’en écrire. Chaque jour de nouvelles parutions s’ajoutent à celles de la veille, allongeant la liste de ce qu’il faut avoir lu. Combien de fois ai-je dit et ai-je entendu dire « Ce livre, il faut vraiment que tu le lises ! » ? Je me dis que si j’avais grandi en 1950, il aurait fallu « que j’aie lu », mettons 500 livres, les indispensables. Si j’étais née à la fin des années 1960, de 500 ma liste serait passée à 750. Ainsi de suite jusqu’à aujourd’hui. Tout ça pour dire qu’on n’aura jamais le temps – et même si nous avions le temps, aurait-on l’énergie ? – de lire tous les livres essentiels parce que cette liste est un puits sans fonds. Par moments ce constat me désespère et j’ai envie de m’écrier « Les gens, arrêtez d’écrire ! »

C’est une mission impossible. Nous en sommes réduits à admettre sa propre incapacité à « tout » lire, soit consacrer sa vie entière à la lecture grâce au concours d’un mécène qui subviendra à nos besoins élémentaires.

Pour ma part, je reconnais mes limites. Des tas d’auteurs extraordinaires vont m’échapper, et c’est très bien ainsi. Des tas d’auteurs, mais pas John Fante. Paresseuse que je suis, j’ai choisi l’un de ses romans les plus connus et les plus courts : Ask the Dust. Quel titre !

Bandini est un gentil bandit

Qui demande quoi à la poussière ? Bandini, Arturo Bandini. Avec un nom pareil on ne peut qu’avoir une destinée hors du commun. Je crois que quand on s’appelle Bandini on est forcément un peu « bandit » dans l’âme. Il est américain, fraîchement établi à Los Angeles, a des origines italiennes, et ça on ne cesse de le lui rappeler, et de 1. Parce que son nom finit par une voyelle, il est un loser. On apprend donc que c’était ainsi qu’on classe les gens aux Etats-Unis, et de 2. Mon nom de famille finissant par une voyelle, un « o », je suis donc moi aussi une loseuse aux Etats-Unis, et de 3.

Ce brave Arturo porte la misère sur lui, elle lui colle à la peau. Il est vêtu de frusques, se nourrit exclusivement d’oranges et peine à payer son loyer. De temps en temps la vie lui sourit, et hop, l’un de ses textes est publié – il apprend ça par la poste, nous sommes dans les années 1930. Alors, il mène grand train. Il se rêve écrivain. Grand écrivain, avec tout ce qu’il y a de belles femmes, de bons cigares et de costumes chic. Et puis il redescend à la dure réalité.

Bandini aimerait être un gentleman mais il n’y parvient pas. Et c’est une belle brune d’origine mexicaine qui en fait les frais. Tour à tour il la dorlote, l’humilie.

La sensation s’évapore aussi vite qu’elle est venue, et quand je me relève je suis bien dégoûté de moi-même, l’horrible teigne, ce sale chien noir d’Arturo Bandini.

Lire du Fante

Dans une langue ciselée, ce roman court est un uppercut. Il nous donne autant envie de prendre Bandini sous son aile que de lui en coller une, qu’il aurait bien méritée au demeurant. Mais il est attachant l’ami. Il l’est d’autant plus que beaucoup se reconnaîtront dans cet anti-héros que l’Amérique n’aime pas voir exposé.

Ce qu’on disait de toi, John, est donc bien vrai. Avec une longueur d’avance sur ton temps tu as commis ici de la très grande littérature. Chapeau bas.

Le point commun entre Arturo Bandini et moi

Bandini et moi avons le point commun de n’aimer que les habits qui sont doux à la peau.

Demande à la poussière de John Fante, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Garnier, 10/18, 2002 (le roman a été publié aux USA en 1939).

1 réflexion au sujet de “« Demande à la poussière » de John Fante”

  1. Un chef-d’œuvre. Je savais que ça te plairait. Et les autres sont très bien aussi ! Si tu veux, tu peux lire Bukowski (“Contes de la folie ordinaire”, pour commencer) qui n’a jamais caché son admiration pour Fante.

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