Billets d'humeur, Société

Stop aux questions embarrassantes

Temps de lecture : 3’16

Dans mon souvenir la première fois date de mes années fac, l’époque où ma coloc Lucie, étudiait les lettres, et moi, l’histoire. On ne savait pas quoi répondre quand on nous demandait ce qu’on allait faire à la fin de nos études. On ne savait pas parce qu’on n’apprenait pas un métier, et ça, pour beaucoup, c’était difficile à intégrer. Et nous, nous étions gênées par cette question.

Dans mon souvenir la première fois date de mes années fac mais en vérité ça remonte à plus loin. Tout petit, on nous a demandé si on travaillait bien à l’école, si on avait de bonnes notes et ce qu’on voulait faire quand on serait grand. Puis on a voulu savoir pour qui notre cœur battait ; on ne manquait pas de nous faire remarquer qu’on avait rougi à cette évocation, donc ça voulait dire qu’on avait bien un amoureux secret…

Certaines personnes ont le chic pour assimiler des périodes de la vie ou des états – je pense en particulier à l’enfance, à la vieillesse et à la femme enceinte –, à de la débilité (au sens premier du terme, à savoir de l’extrême faiblesse physique, morale ou intellectuelle), ce qui les autorise, semblent-elles croire, à enfreindre les règles élémentaires de la civilité. C’est comme ça qu’on se retrouve à se faire caresser les joues, tâter le ventre, à devoir répondre à une quantité phénoménale de questions indiscrètes jugées pas du tout indiscrètes par ceux qui les posent. Qui caresse le ventre rebondi d’un homme croisé à la boulangerie comme s’il était un espace public en lui disant que « Ça pousse, ça se voit maintenant. C’est la vie qui suit son cours, c’est tellement merveilleux. Je peux toucher ? » Trop tard, j’ai déjà posé ma main. Qui passe la main dans les cheveux d’un inconnu en lui demandant s’il a eu de bons résultats dans son entreprise, la date de sa dernière crise d’hémorroïdes ou le prénom de son amoureuse ? Qui ?

D’autres personnes ont le chic de ne pas voir à quel point elles nous mettent dans des situations délicates en faisant preuve d’indélicatesse, en voulant « qu’on leur raconte tout » ou en s’acharnant à nous questionner malgré notre air dépité. Combien de fois ai-je évité certaines fréquentations, réfusé des invitations ou les ai acceptées en prenant le soin de préparer au préalable des réponses toutes faites, à moitié fausses bien évidemment, pour avoir la paix ?

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Adeptes des questions embarrassantes, oui, vous qui voulez savoir ce qu’on va faire à l’issue de nos études, la nature de notre projet de reconversion, si on aura deux ou trois enfants (et si on n’en avait pas ? Ah !), quand est-ce qu’on fera le deuxième, si le petit en CE2 a une chérie ou pas et quel métier sa grande sœur lycéenne veut faire plus tard, pourquoi on n’est toujours pas marié ni si ce break va se transformer en divorce ou pas, comment va notre mère alors que chacun sait qu’on est en froid avec elle depuis des lustres, on vous le dit tout de go : ON NE SAIT PAS. C’est simple, on n’a pas de réponse à vos questions. Et si on en a, on peut vouloir faire valoir son droit au silence. Je sais que c’est dérangeant de ne pas donner de réponse précise, que ça va à l’encontre du désir naturel de cases qui s’emboîtent à merveille telles des puzzles parfaitement assemblées, mais rassurez-vous, pour nous non plus ce n’est pas facile de ne pas savoir.

  • Ce n’est pas facile parce qu’on est en construction ou en transformation, donc bien souvent on avance le nez au vent, à tâtons, sans avoir précisément où l’on va. Ça peut être très bouleversant sur un point personnel et ça n’est pas très sécurisant dans le monde dans lequel on vit #chômage #précaritédelemploi #coûtdelavie #divorce #BFMTVetsonlotdemauvaisesnouvellesenbouclepaspourfairepeurnonjustepourinformer
  • Ce n’est pas facile parce que ça peut éveiller en nous des émotions et des souvenirs douloureux.
  • Ce n’est pas facile parce que notre société ne supporte pas l’action sans objectif, l’errance, la flottaison, le fait de vivre pour vivre sans chercher à produire quelque chose.
  • Enfin, ce n’est pas facile non plus parce que souvent vos questions sont le fruit de conventions sociales ou, pire encore, le désir de commérer, et non de la curiosité sincère et bienveillante. Et ça se sent, parce que même si ça n’est pas formulé, ça suinte entre vos mots.

Respecter la vie privée et le rythme de chacun #Stop aux questions embarrassantes.

Sentez-vous libre de faire suivre cet appel à qui bon vous semble (il doit bien y en avoir deux ou trois dans votre entourage qui sont concernés)…

2 réflexions au sujet de “Stop aux questions embarrassantes”

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