Livres, Non-fiction

« Chez soi » de Mona Chollet

Temps de lecture : 3’46

J’aurais pu lire Chez soi chez toi, mais c’est encore chez moi que j’ai préféré le lire. En vérité, je n’étais pas toujours chez moi quand j’ai lu Chez soi, mais c’est bel et bien chez moi que j’ai le plus savouré la lecture de cet essai.

J’ai savouré cet essai parce qu’il fait la part belle à la moitié de la population, si je m’en réfère à ce qu’on m’enseigne dans l’école de commerce où j’étudie. Cette moitié de la population qui est « I » soit « introverti » versus les « E », les extravertis. Introverti, ça ne veut pas dire qu’on est timide, asocial, ermite ou solitaire, non, ça veut dire qu’on réfléchit et se ressource dans le silence et avec soi-même. Le hic c’est que, vous vous en serez rendu compte, notre société mise avant tout sur une attitude extravertie. Ainsi, comme le souligne si bien Mona Chollet, il est difficile, voire impossible, d’exprimer son goût et son besoin de calme, de silence, de temps à soi, chez soi, sans s’exposer aux moqueries les plus viles « t’es vraiment une mamie, toi », « il est bizarre, il aime être seul », « mais sors un peu, va donc t’oxygéner ! »…

J’hésite à leur dire que la sédentarité me convient très bien. Quand je le fais, j’ai du mal à les persuader que je ne souffre pas d’un manque de curiosité, mais que je dirige simplement la mienne ailleurs, Mona Chollet, Chez soi.

Plus ma vie avance et plus je prends plaisir à être chez moi – chez moi, c’est aussi bien mon appartement que la ville où je vis. Plus je prends plaisir à être chez moi et moins j’ai envie de voyager, à part quelques destinations très ciblées en Europe, comme celles qui comptent des plages tranquilles où je peux me baigner à loisir. J’en viens même à me demander comment j’ai pu partir au bout du monde, sac sur le dos. Le plus grand des voyages, la plus extraordinaire des aventures, ne serait-ce pas de plonger à la recherche des joyaux et des trésors qui sommeillent en nous ? En écoutant de plus en plus mon rythme biologique qui m’incite à sortir de moins en moins, mes interactions avec le monde extérieur n’en sont que meilleures : plus riches, plus profondes, plus appréciables et appréciées.

Mona Chollet prend appui sur d’autres qui avant elle ont rendu leur âme de noblesse au plaisir d’être chez soi, de buller, à l’intériorité, aux casaniers. Ça remonte à loin, déjà Sénèque : Personne ne revendique le droit d’être à soi-même. On est parcimonieux s’il s’agit de garder intact son patrimoine ; mais quand il s’agit de perdre son temps, on est prodigue dans le seul domaine où l’avarice serait honorable,

puis Gaston Bachelard : La maison abrite la rêverie, la maison protège le rêveur, la maison nous permet de rêver en paix. Il n’y a pas que les pensées et les expériences qui sanctionnent les valeurs humaines,

et enfin Mahmoud Darwich : J’avoue que j’ai perdu un temps précieux dans les voyages et les relations sociales. Je tiens à présent à m’investir totalement dans ce qui me semble plus utile, c’est-à-dire l’écriture et la lecture. Sans la solitude, je me sens perdu.

À la lecture de cet essai, mon complexe à exprimer le bonheur que j’éprouve dans le silence de mes murs s’est dissipé. Chez soi, c’est aussi une étude savamment menée sur l’intérieur : le fait de n’être jamais seul chez soi à cause des réseaux sociaux (ou grâce à ?), la cherté des loyers et la question fondamentale de la superficie d’un appartement, quand on en n’en est pas rendu à loger dans la rue, les heures où la société nous autorise à être chez soi, les formes d’habitat hors des schémas traditionnels et, bien sûr la question clé du ménage. (cf. Les lavomatique sont manichéens : https://leseditionsdevirginie.com/2018/12/18/lavomatic/). Prendre soin de son « palais », l’investir, l’imaginer, le créer de ses propres mains ou l’acheter tout près, en être le premier occupant ou l’énième, en changer régulièrement, le transmettre, le voir partir en fumée… tout cela en dit long sur notre façon d’être au monde et sur ce que la société nous assigne comme accessible au vu de notre condition, et aussi sur ce qu’on s’autorise.

Moi qui ne supporte pas d’être réveillée par un réveille-matin tant je trouve cela être à l’encontre de mon rythme naturel, qui suis si sensible aux éclairages intérieurs (qui a créé le néon et le concept du plafonnier ? je m’en vais le flinguer immédiatement) et me ressource tant chez moi, j’ai vu dans Chez soi un roman d’aventure de l’espace domestique. Cerise sur le gâteau, l’ayant acheté avant Noël, une étoile dorée qui décorait la table de la librairie s’était glissée entre les pages.

————-

Chez soi, je l’ai lu essentiellement chez moi, mais aussi à Londres, tous les soirs dans une chambre d’hôtel, après de longues journées de cours dans un espace sans lumière naturelle, où nous étions une trentaine à devoir rester assis sur la chaise qu’on nous avait assignée. Epreuve particulièrement éprouvante pour moi. Je dis que je suis bien chez moi, mais en fait c’est pas vraiment chez moi, c’est chez mon chat. Je vis chez mon chat et c’est moi qui nettoie.

2 réflexions au sujet de “« Chez soi » de Mona Chollet”

  1. De Mona Chollet, j’avais lu “Sorcières”, un essai féministe génial, passionnant et indispensable. Nul doute que celui-ci sera tout aussi captivant. En plus, j’ai moi-même tendance à être bien pantouflard ces derniers temps 🙂

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