Littérature française, Livres

« Tour d’ivoire » de Patrice Jean

 Temps de lecture : 2’6

 Ils sont amis depuis les années de fac, il y a donc une vingtaine d’années de ça en arrière. Ils sont dévoués corps et âmes à leur revue, la bien nommée Tour d’ivoire, aussi inaccessible intellectuellement pour le commun des mortels qu’invendue. Peu importe, Antoine et Thomas ne concèdent rien à leur vision car, selon eux, il y a littérature et littérature.

Mais pourquoi certains sont-ils intraitables à propos de la qualité d’une étoffe, d’une voiture, d’un vêtement, d’un plat, et si peu difficiles sitôt qu’il s’agit d’une pensée, d’une œuvre littéraire, comme si sur ce point, la médiocrité était ce qu’ils désiraient… ?

Si la revue ne permet pas à Antoine de se dégager de quoi se sustenter, ce n’est pas un problème jusqu’à ce que son épouse demande le divorce, qu’il se retrouve à vivre dans une HLM d’un quartier chaud de Rouen où son voisin écoute du rap en boucle à pleins tubes et qu’il signe un CDI de responsable à mi-temps du rayon enfant de la bibliothèque Arthur Rainbow.

Le choc

Quand on vit dans le meilleur des mondes, tous nos idéaux peuvent être étendus tels des étendards flamboyants mais dès lors que la basse réalité matérielle vient cogner, le bel équilibre valdingue. Pas immédiatement, bien sûr, mais mois après mois, année après année. C’est alors qu’il y a de la friture sur la ligne, à commencer par les relations qu’on a le plus investies, avec son camarade de toujours ou avec sa fille par exemple. Ajoutons un peu de tension sexuelle, de rivalité amoureuse et de tendresse affective, et ça se corse un peu plus. Le pompon adviendra lorsque la possibilité de gagner un gros billet en travestissant quelque peu l’âme de Tour d’ivoire sera servie sur un plateau. Que faire, assurer son quotidien ? Se mettre en danger ? Tout sacrifier ? Quel que soit le choix d’Antoine, il ne sera pas sans pertes et fracas, comme toujours dans ces cas-là.

Lire du Jean

C’était ma première fois avec Patrice Jean, j’en ai eu pour mon argent. En attendant son prochain roman, je vais lire L’homme surnuméraire, toute curieuse que je suis de savoir si Patrice Jean est un inconditionnel du subjonctif imparfait ou pas. Il écrit à la façon de Fabrice Humbert – j’adore. Tour d’ivoire traite à la fois des relations humaines et des relations familiales (aïe) et développe une réflexion sociétale en appelant un chat un chat, ça plaira… ou pas. C’est éminemment politique. C’est une critique de la société du divertissement. Ironie, autodérision, looser, références philosophiques de pointe, absurdité de la vie, tout y est.

Le point commun entre Antoine et moi

Antoine, je comprends parfaitement que tu aies ressenti le besoin de garder encore un peu le tableau qui a nourri tous tes fantasmes d’adolescents… Quant à Tour d’ivoire, je crois que j’aurais fait pareil que toi, je ne sais pas. Pas facile à dire… Et vous, qu’auriez-vous fait ?

Tour d’ivoire, de Patrice Jean, Rue Fromentin, 2019.

© Virginie Manchado, 2019

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