Littérature étrangère, Livres

« Jours d’hiver » de Bernard MacLaverty

Temps de lecture : 2’8

C’est l’heure de la vieillesse. Ils sentent la fin se rapprocher et ils voudraient donner faire quelque chose du temps qu’il leur reste. Ce quelque chose prend-il la même forme pour Stella et Gerry ? Rien n’est moins sûr.

Une escapade

Tôt le matin ils décollent pour Amsterdam, laissant derrière eux leur bonne vieille Écosse. C’est le mois de janvier et il fait glacial. Peu importe. Ils visiteront malgré tout. Le choix d’Amsterdam n’est ni le fruit du hasard ni le résultat d’une concertation commune, mais une idée de Stella. Professeur d’anglais à la retraite, Stella a dans le temps emmené ses élèves à Amsterdam où elle s’était régalée de découvrir le foyer des béguines. Depuis, l’idée d’y finir ses jours, de mener une vie pieuse sans être religieuse, a fait son chemin. Il est temps, pense-t-elle, de la mettre à exécution, car elle ne veut plus de la vie qu’elle mène, avec Gerry, son grand amour, qui est devenu un vieil ours transi d’amour, mais sur la pente descendante :

J’ai le sentiment de partir à la dérive. Je veux faire quelque chose du temps qu’il me reste. Autre chose que de te regarder boire.

Le quotidien

Jours d’hiver, c’est l’histoire d’un couple à chaque instant de sa vie quotidienne. Le rituel du coucher, les épaisseurs à accumuler, le verre d’eau, et la fiole de whisky à portée de main, le réveil, la toilette, le déjeuner… Les habitudes individuelles et collectives qui disent les personnalités, l’intimité qui s’est créée, les rythmes, les repères, les lassitudes et le réconfort. Les blagues usées jusqu’à la corde qui énervent autant qu’elles rassurent. C’est à la fois le terreau d’une relation de couple et son ciment. Les racines se sont enfoncées il y a longtemps, en terre irlandaise. Mais un énième attentat qui les avait, cette fois, marqués dans leur chair de catholiques, les avait convaincus de se déraciner pour aller s’épanouir ailleurs. La vie a accompli son œuvre et voilà ce qu’il en reste :

Disons que si quelqu’un me demande depuis quand on est mariés, je réponds simplement : “ Ça commence à faire longtemps. ”

Stella et Gerry se sépareront-ils à Amsterdam ? Stella deviendra-t-elle une béguine ?

Lire du MacLaverty

Quel brio que de parler d’une chose aussi banale et universelle que la vie de couple dans son quotidien le plus terre à terre et d’en faire un roman aussi savoureux et captivant. Peut-être garder en mémoire cette définition…

Qu’était l’amour sinon toute une vie de conversations ? Et de silence. Savoir quand garder le silence. Et surtout, savoir quand rire.

Le point commun entre Stella et moi

Je suis quelque peu tatillonne sur la taille des tasses dans laquelle boire le thé. Il y a des limites à ne pas dépasser en matière de contenant.

Jours d’hiver, de Bernard MacLaverty, traduit de l’anglais (Irlande) par Cyrielle Ayakatsikas, Rivages, 2019.

 

© Virginie Manchado, 2019

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s