Livres, Non-fiction

« Les besoins artificiels » de Razmig Keucheyan

Temps de lecture : 1’27 

On observe que 83 % de la population mondiale et plus de 99 % des populations américaines vivent sous des cieux polluées par la lumière []. Du fait de la pollution lumineuse, la Voie lactée n’est visible que pour un tiers de l’humanité. 60 % des Européens et presque 80 % des Américains ne peuvent l’observer.

Parler de pollution lumineuse dans un livre qui a pour thématique les besoins artificiels et en finir avec le consumérisme, c’est un peu tiré par les cheveux. En fait, non, pas du tout. La peur de la nuit, un refus de l’âge adulte au niveau sociétal selon l’auteur, a entraîné une augmentation de l’usage des lumières artificielles, qui sont devenues un business (énergétique et en ressources humaines). Choisir d’éclairer un lieu, un espace durant la nuit est aussi éminemment politique : c’est donner à voir ce qui se vit. Le besoin de repousser la nuit pour vivre plus d’activités une fois le soleil couché se faisant plus fort, de plus en plus de lumières artificielles apparaissent et nous deviennent indispensables. Et peu à l’obscurité naturelle recule.

L’accès à la beauté céleste nocturne et aux bienfaits de l’obscurité (il y a une corrélation entre le taux de cancers et la pollution lumineuse) se réduisent comme peau de chagrin. Il en va de même pour l’air, qui est de plus en plus pollué, avec pour conséquence que respirer un sain devient un besoin premier au même titre que manger, boire ou dormir. Etc.

Le capitalisme crée de plus en plus de besoins tout en nous asservissant et en nous annihilant. La disparition de l’argent liquide et de la carte bleue – une fois qu’on a enregistré ses données en ligne, un clic nous permet de succomber à un nouvel achat à tout heure du jour et de la nuit, sept jours sur sept – acheter devient simplissime et abstrait.

Je n’y avais pas pensé, mais il semblerait que la perte de l’obscurité naturelle soit le fruit du capitalisme.

Les besoins artificiels, Comment sortir du consumérisme, de Razmig Keucheyan, Zones, 2019.

© Virginie Manchado, 2019

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