Billets d'humeur, Société

Journal du confinement – Semaine 5 – 19 avril 2020

Temps de lecture : 7’37

Chers abonnés, chers lecteurs,

C’est dimanche après-midi et cette semaine je vous propose mes notes et observations sur le discours du Président, la mafia italienne, les amours du chat… et, bien sûr, les réponses au jeu des « titres de romans à trouver ».

Bonne lecture, bon confinement,

Virginie

Dimanche 12 avril (suite)

Alors qu’elle sait marcher, la fille des voisins se déplace essentiellement à quatre pattes et sur les genoux, selon une technique qui lui est propre et qui ferait pâlir les plus humbles des pénitents catholiques. Je tenais à le signaler.

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D’abord, je passe devant un vieux monsieur au téléphone qui dit « Non, non, je sens bien que tu n’es pas vraiment désolé » puis devant une dame et sa petite fille, qui s’éclate à pousser sa poussette à toute vitesse, la mère à mon attention : « Oui, ça  a l’air mignon en vitrine, mais… »

 

Lundi 13 avril

La pratique du jogging dessèche la peau des jambes.

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J’écoute l’intégralité de la vie deJack London sur France Culture. Quand on a vécu avec autant d’ardeur on ne peut que mourir au jeune âge de 40 ans.

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Mon compagnon et moi éprouvons nos méthodes respectives pour faire nos comptes. Lui remplit tout un tas de tableaux qui se croisent, ventile ses dépenses par catégories d’achats, fait des calculs qui durent un temps infini. Moi, après le passage du facteur je récupère une enveloppe, dont je viens de ranger le contenu dans la chemise de couleur indiquée, elle devient mon support pour faire mes comptes durant le mois qui vient, les deux mois qui viennent si j’écris petit, m’applique et ne dépense pas trop.

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De la vie des écrivains en podcast : Philippe Jaenada ne revient jamais sur ce qu’il a écrit la veille car il estime qu’il n’était pas plus abruti hier qu’aujourd’hui (j’aimerais pouvoir en dire autant). Jack London s’obligeait à écrire mille mots par jour, mille mots = deux pages et demi de Word, police Calibri, taille 11, interligne 1,5 (j’aimerais pouvoir en faire autant).

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À ce stade, le « Journal du confinement » totalise plus de 18 000 signes.

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Aussitôt qu’Emmanuel Macron prononce ses premiers mots le chat entre en transe, voilà qu’il court, grimpe sur son perchoir, en redescend, y remonte immédiatement, court après un ennemi imaginaire fuyant lui-même un ennemi imaginaire, fait des dérapages, glisse sous les fauteuils, reprend un sprint… On sait pour qui il votera en 2022.

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11 mai, mazette ! Mon épilation du maillot ne tiendra pas jusque-là !

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Il a quand même un faux air de PPDA.

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20 h 40 : rendez-vous est pris chez le coiffeur, le 12 mai à 14 heures histoire de lui laisser le temps d’affuter ses ciseaux et de remettre la main sur tous ses baumes démêlants.

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Et déjà 20 000 morts en Italie. Le coronavirus, c’est quand même une occasion en or pour la mafia italienne de mettre un point final, en toute discrétion, à quelques vendettas qui traînaient en longueur.

 

Mardi 14 avril

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Une petite fille qui marche sur le sol récemment lavé : « Maman, on dirait qu’il a pleuvu ! »

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Envie de travailler, de bouquiner ou de lire votre journal au café ? C’est possible avec l’« imitateur d’ambiance de café » https://coffitivity.com/

 

Mercredi 15 avril

Depuis le début du confinement je fais des rêves très bizarres, cette nuit j’étais dans l’espace mais n’arrivais pas à revenir sur terre.

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Deux anniversaires à souhaiter aujourd’hui. Un le 5 avril, un le 10, le 13, le 16, le 23, encore un autre le 24, le 28, le 29, le 30, puis un le 1er mai, le 8, le 10, le 11, le 27. Ensuite juin : 1er, 3, 19, 20, 21 (deux fois), 30 puis 1er juillet, 3 juillet, 7, 8, 11, 12, 13, 14, 15, 16 (deux fois), 19, 26. Et après c’est le grand vide, je n’attire à moi que toute la descendance des fornicateurs estivaux.

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Le matin, quand je ne cours pas (ma hanche gauche s’est rappelée à moi, eh oui, ce n’est plus ce que c’était), je marche. C’est le soleil qui guide mes pas. À un arrêt de bus, au pied d’un arbre, je m’arrête et prends le soleil. À 10 heures pétantes, je suis rentrée chez moi.

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Et tous les après-midis ça recommence. Après avoir fini sa sieste qui a commencé sur les coups de 9 heures – il faut reconnaître que le matin son sommeil est entrecoupé, car il se déplace au rythme du soleil, mais à partir de 11 h 30 il dort d’un seul trait jusqu’à ce que le camion de nettoyage de la rue ne le réveille, il est alors 14 heures et des brouettes – , le chat monte sur mon bureau et s’installe sur mon poignet gauche, ne m’autorisant à le bouger qu’avec parcimonie. Si l’envie me prenait de vouloir faire « Pomme C » ou une lettre majuscule, je recevrais un sermon du diable. Seule l’apparition d’une mouche ou d’un bestiau volant me libère momentanément.

 

Jeudi 16 avril

Cette nuit, je suis restée sur terre, mais cette fois je remontais à contre-courant un torrent asséché dont le lit était de toutes les couleurs.

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C’est le carnage, et ce n’est qu’un début…

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Si le Gouvernement applique ce dont il est question, que les personnes à risques soient confinées au-delà du 11 mai (ce qui aurait dû être fait dès le début de l’épidémie), nous connaîtrons enfin l’identité de tous ceux qui ont 64 ans mais prétendent en avoir 58.

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De la vie des écrivains sur Arte : Margaret Atwood. En voilà une qui ne ressemble à personne d’autre au monde.

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Ce soir, il y a un an, comme nombre de Parisiens, nous avions marché jusqu’à proximité de Notre-Dame, nous nous étions arrêtés sur un pont et avions contemplé le travail du feu. Le feu, c’est comme le virus, il lui faut aller jusqu’au terme de ce pour quoi il est.

 

Vendredi 17 avril

J’apprends que des renards circulent place d’Italie, que les oiseaux chantent moins fort car ils ne sont plus obligés de couvrir le bruit de la circulation et que les animaux enfermés dans des cages de zoos ne manifestent aucun changement d’attitude depuis qu’ils ne sont plus visités.

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J’ai toujours aimé l’électroménager. Tous ces ustensiles qui hachent, montent, mixent, tournoient, fouettent, déchiquettent, vibrent, émulsionnent, ça me plaît beaucoup. Et aussi, le congélateur. Celui-là je l’aime particulièrement. J’adore congeler des aliments, du pain, du lait, du hummus et aussi des plats que j’ai cuisinés, de la soupe.

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Christophe : couic. Luis Sepulveda : couic aussi.

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À 16 h 20 un dénommé Maxime me téléphone. Il est consultant poétique. Nous discutons une dizaine de minutes, il me demande ce que je ferai le 11 mai : « marcher des heures et des heures dans tout Paris » et aussi ce qui me manque le plus : « la liberté ». Puis il me demande de choisir une thématique et tout naturellement je choisis la liberté. Alors il me lit les poèmes « Suis ta destinée » de Fernando Pessoa et « Élévation » de Charles Baudelaire.

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Vers 17 heures je téléphone à un ami. Je prends des nouvelles de ses parents : « Hélas, ils ne sont toujours pas morts. »

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Et pendant ce temps, Benjamin Griveaux se fait complètement oublier.

 

Samedi 18 avril

En faisant la queue chez le traiteur, le patron du bar d’à côté passe et nous dit qu’il ne rouvrira pas. Mon cœur sursaute. Après mes courses je dépose au pressing un pantalon que par bonheur j’ai tâché la veille. Plaisir d’avoir un semblant d’activité « normale ».

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Les voisins sortent sur leur balcon téléphoner successivement, lui puis elle, de nouveau lui. Je tends l’oreille, car je suis curieuse de savoir quel travail ils exercent.

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L’entrée des adolescents dans la vie sexuelle n’est pas plus violente en 2020 que ce qu’elle était dans les années 1950. Il suffit de lire Les Années de Annie Ernaux pour s’en convaincre. Mon enfance et la façon dont on vivait à cette époque, la façon dont vivaient mes grands-parents il y a un an à peine, est belle et bien finie. Cela appartient à un autre temps et j’en ressens une joie profonde.

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Mon compagnon et moi nous essayons à la télépathie : j’émets une couleur, il doit la réceptionner. On n’est pas si mauvais que ça pour des débutants.

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J’observe que de moins en moins de femmes portent de soutien-gorge.

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Dimanche 19 avril

Vous attendez avec impatience les réponses au jeu qui vous a tenu en haleine toute la semaine, les voici :

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© Virginie Manchado, 2020

6 réflexions au sujet de “Journal du confinement – Semaine 5 – 19 avril 2020”

  1. Merci, j’aime bien ce petit rendez-vous hebdomadaire.

    Nous avons tout de même trouvé 30 titres sur 40. Pas si mal. Les autres sont inconnus au bataillon. Mange, prie, aime ? Inconnu à cette adresse ? La Rose bleue ? T’es sûre que ça existe ? (Je plaisante.)

    Bon dimanche !

    Aimé par 1 personne

    1. Bravo ! « Mange, prie, aime », c’est un best-seller façon développement personnel, sans intérêt. « Inconnu à cette adresse », ça c’est un chef-d’oeuvre (j’ai eu la chance de travailler sur sa dernière traduction), tu aimeras à coup sûr.

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  2. je crois qu’on fait tous des rêves étranges en ce moment. Je rêve que je parle à des gens qui me jettent un regard poli mais ne me répondent pas…

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