Billets d'humeur, Société

Journal du confinement semaine 7 – 3 mai 2020

Temps de lecture : 6’05

Chères toutes, chers tous,

C’est du fond de mon lit que je vous écris, ces temps-ci le corps et l’esprit ne sont pas à la fête. C’est avant le lever du soleil que la nuit se fait la plus noire, le confinement, c’est pareil. Allez, un Dafalgan codéiné et c’est parti pour planer !

Bonne lecture, bonne fin de confinement,

Virginie

Dimanche 26 avril (suite)

Parmi les expressions les plus employées dans les feuilletons policiers, il y a « Mais comment tu as pu me faire ça ? », «Vous ne me croyez tout de même pas capable de…», « Je n’aurais jamais imaginé ça de toi » et « Vous m’excusez » (ça, c’est quand quelqu’un que la police interroge a du travail à finir, genre infirmière, mécanicien, comptable…), « Attendez » (quand quelqu’un, dont le témoignage est crucial, se souvient soudainement d’un détail clé après avoir dit à l’inspecteur qu’il ne se souvenait de rien) et « Qu’est-ce que je fais là ? » (quand un innocent est placé en garde à vue).

*

D’un épisode à l’autre le médecin légiste devient le témoin principal, le malfrat, le suspect, le restaurateur, le mari endeuillé… En recyclant les acteurs, France 3 ne fait rien pour nous aider à suivre…

*

Des années sans boire une goutte de lait et voilà que tout d’un coup j’avale yaourt sur yaourt au lait de brebis et descends des hectolitres de lait de chèvre.

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Plus j’écris de la fiction et plus je fais des fautes d’orthographe.

 

Lundi 27 avril

J’ai fait comme les mourants : après un semblant de guérison voilà que Ginger Rogers et Fred Astaire se mettent à faire des claquettes dans ma bouche. Consultation de mon dentiste par SMS (même pas l’occasion de me déplacer, pff). Dès son ouverture je suis postée devant la pharmacie. Durant ma courte présence sur place trois personnes viennent demander les masques annoncés par le Gouvernement la veille : « Y en a pas ! » J’en profite pour acheter des gants (dont je me servirai pour faire la vaisselle) et je repars un sac plein de poutingues dont un sirop rose foncé goût fraise qui n’est pas sans rappeler celui que je prenais quand j’avais 7 ans et que je toussais beaucoup.

*

Sur France Culture : excellent sujet porté par Marie de Hennezel sur l’isolement en fin de vie, le déni de la mort et la culture du jeunisme qui rouvre le débat sur le droit à mourir dans la dignité, dont je suis une fervente défenseuse.

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La nicotine protège du Covid-19, on ne pouvait pas rêver plus beau pied-de-nez à tous ces « Faut faire ça, Faut pas faire ça, Faut manger ça mais pas trop, Faut boire de ça à telle fréquence et à telle vitesse, Finalement il ne faut plus manger de ça, Ah mais si on peut, mais pas trop, Faut dormir comme ci et pas comme ça, Faut se lever à telle heure… » dont on nous bassine à longueur de journée.

*

16 h 06 : l’orage gronde et il se met à pleuvoir. Mon temps préféré. Je n’aime rien tant que la pluie de printemps qui tombe sur le sol encore chaud et l’odeur qui s’en dégage. Je me penche par la fenêtre et de l’autre côté de la rue j’aperçois les jambes de mes petits voisins et de leur maman, l’encadrement de la porte les coupe en deux. Un est sur des rollers, l’autre à trottinette. Leur mère sort son portable : l’averse durera-t-elle quelques minutes ou plus ? faut-il attendre ou remonter chez soi ?

 

Mardi 28 avril

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Etat d’esprit du confinement

 

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Comme « je suis dans un état proche de l’Ohio », je regarde des choses qui me font rire et je retrouve ceci : un de mes éclats de rire, c’était en juin 2019.

 

Mercredi 29 avril

Je me réveiller avec l’envie de dessiner (la dernière fois doit remonter au CM2). Je m’empresse d’aller chez ma papetière préférée me procurer crayons et papier. Je ne suis pas la seule : son stock de crayons a fondu comme neige au soleil. Nous nous vouvoyons mais elle me donne régulièrement du « Ah tu crois ça ma pauvre chérie ? » Je colorie tout l’après-midi.

 

Jeudi 30 avril

Durant mes pérégrinations nocturnes (en ligne, pas dans la rue, pas envie de me faire dénoncer), je découvre l’invention d’un crochet-stylet qui permet de taper son code de carte bleue, de tirer ou de pousser une porte, d’ouvrir une poignée… sans contact avec les doigts.

*

J’aspire toute la poussière dégagée par les tuyaux du chauffage central et de la VMC dans la salle-de-bains, je grimpe sur le lave-linge (avec l’aspirateur) pour atteindre le plafond et je découvre un monde plein de saletés, de gris, de moutons, de poussières. Je l’éradique. Je descends de mon perchoir et je contemple longuement mon œuvre. Le temps de quelques minutes je me sens presque en forme.

*

« Les beaux jours n’ont jamais été aussi beaux » : texte d’une affiche publicitaire vue dans la rue. Mouais, disons que c’est une vue de l’esprit.

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Pourquoi appelle-t-on une vinaigrette une « vinaigrette » et pas une « huilette » alors qu’il y a plus d’huile que de vinaigre ? Parce que le vinaigre est plus lourd en influence. C’est l’enseignement de la journée.

 

Vendredi 1er mai

Dans mon lit douillet je prends mon petit-déjeuner. Voilà que ma langue et mes mains se mettent à picoter et semblent être anesthésiées. Cela dure plusieurs heures. Nouvelle consultation de mon dentiste par SMS (déplacement au-delà du kilomètre autorisé encore raté, décidément) – verdict « il faut arrêter ce traitement immédiatement ». Le coupable pourrait bien être le fameux sirop rose foncé goût fraise, damned! Nouvelle ordonnance, nouveau traitement.

*

Je comprends que ça fait des mois et des mois que je suis une personne sur Instagram que je ne connais pas du tout. Je l’avais prise pour une éditrice ou une agente d’auteur, mais elle n’est rien de tout ça. Juste quelqu’un qui poste des photos sur l’immensité sauvage américaine. J’aime bien tout savoir de la vie de cette inconnue.

*

Je remplace les webinars sur le business par des tuttos de la dessinatrice Soledad. À moi poules, pigeons, huppes, serpents, chatons… Demain, je tente les dragons.

 

Samedi 2 mai

 

Ces dessins sont des copies des dessins originaux de Soledad Bravi et d’Aude Picault.

 

Dimanche 3 mai

Les animaux : plus qu’une semaine et on recommence à foutre le bordel !

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© Virginie Manchado, 2020

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