Billets d'humeur, Société

Journal du couvre-feu – semaine 1 – 18 octobre 2020

Temps de lecture : 4’08

Et c’est reparti pour un tour ! Non, pour minimum quatre tours, et certainement jusqu’à six tours. Le temps du couvre-feu (quel charmant nom, n’est-ce pas), je vous donne rendez-vous via un billet pour parler de la vie et de comment elle continue de se dérouler sous nos yeux malgré tous les déraillements.

Bonne lecture, bon couvre-feu,

Virginie

Samedi 10 octobre

Soupçon d’infection urinaire du chat.

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Je relis mon roman préféré, Le Mur invisible, et me demande comment mon compagnon et moi nous débrouillerions dans pareille situation. Je me vois vivre les situations décrites par la narratrice, aider Bella à vêler, chasser avec Lynx, couper du bois, retirer des échardes de mes doigts après avoir scié du bois, planter des pommes de terre, lutter contre les pensées morbides… Je m’y vois tellement que j’ai presque envie de vivre ce scénario.

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Homme croisé faisant du jogging pieds nus.

Mardi 13 octobre

Rendez-vous avec Yohan, le vétérinaire du chat. Petite vessie, pas d’infection urinaire mais je dois retirer ses crottes et boules d’urine de sa caisse moins souvent. « En retirant ses déchets aussi souvent, c’est comme si un enfant de cinq ans faisait des dessins que vous vous empressiez de gribouiller », m’explique-t-il.

*

Nuit sans sommeil : je finis Le Mur invisible, et je pleure.

Mercredi 14 octobre

En sortant de la Maison de la poésie où Pierre Ducrozet venait de présenter son dernier ouvrage, Le Grand Vertige, nous apprenons que le couvre-feu est annoncé. Il commencera dès 21 heures et non à 23 heures comme je l’avais espéré. Petite crise de claustrophobie.

Jeudi 15 octobre

Au milieu de la nuit je ne dors pas, j’invite le chat à me rejoindre dans le lit. En vain. Je crie à travers pièce « Minou, viens ici immédiatement sinon je te ramène chez Yohan qui te fera trois piqûres piquantes. »  

*

Déjà en mode fin de mois, mais j’achète tout de même un pull en mohair et un pantalon à une boutique, devenue outlet à cause du Covid et qui fait de super solderies, que j’affectionne particulièrement.

Vendredi 16 octobre

Premier épisode de la quatrième saison de Dix pour cent : plutôt Cinq pour cent.

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Je constate que mon chat monte sur la table de la cuisine et boit dans ma jolie carafe en porcelaine, que j’utilise ensuite pour faire du thé ou du café ou me désaltérer tout simplement. Que voulez-vous, ce chat aime la belle vaisselle, et je le comprends.

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À l’heure du déjeuner je pense aux attentats qui peuvent nous tomber dessus à tout moment, comme cela a été le cas avec cette boucherie survenue trois semaines plus tôt, à 17 heures, l’enseignant, se fait zigouiller.

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Il paraît que les couples doivent régulièrement surmonter des problèmes d’éponge. Le soir, lorsque je retrouve mon chéri, la première chose qu’il me dit c’est « Si tu n’as toujours pas acheté d’éponges pour ta cuisine, je peux t’en passer une. »

Samedi 17 octobre

Fleurs fraîches prises chez la nouvelle fleuriste du quartier : cosmos, chardon et une autre espèce dont j’ai oublié le nom.

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Une amie m’avait raconté que sa mère avait régulièrement accusé son mari d’avoir une double vie, avec maîtresse et enfants, ce qu’il avait toujours nié. À sa mort, la famille avait découvert que pendant la guerre d’Indochine il avait épousé une Vietnamienne et avait eu un enfant avec elle. Tous deux avaient été tués par les hommes du village d’origine de l’épouse en représailles pour sa traîtrise à son peuple. Le père de mon amie avait retrouvé tous les gars et les avait tués un à un.

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Soupe de fèves plébiscitée par le chat.

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Cinéma à la séance de 18 heures : extraordinaire Drunk, un film sans morale, comme je les aime. À la sortie il est 20 h 40, je me souviens tout d’un coup que nous sommes sous le joug de ce couvre-feu imbécile et liberticide, mon moral flanche.

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À 21 h 17, je regarde la depuis ma fenêtre, je vois une moto passée, une fille rentrée chez elle un carton à pizza dans les mains.

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Tout naturellement mon compagnon m’annonce qu’il a regardé le deuxième épisode de la saison 4 de Dix pour cent sans m’attendre. Vengeance : je lui dévoile la bande-annonce de l’épisode avec Sandrine Kiberlain.

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Dimanche 18 octobre

De grandes difficultés à comprendre comment fonctionne la nouvelle interface de mon blog au point que je renonce à m’engager à publier un billet hebdomadaire.

© Virginie Manchado, 2020

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