Billets d'humeur, Société

Journal du couvre-feu – Semaine 2 – 25 octobre 2020

Temps de lecture : 4’22

Dimanche 18 octobre

13 h 30 : l’osso bucco est dans la place.

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Parole d’un restaurateur captée en milieu d’après-midi : « Comme ils n’ont plus le droit de sortir le soir, ils se rattrapent le midi. »

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Je n’arrive pas à écrire ce que je voudrais, peut-être que je devrais faire comme dans Drunk et être en permanence à 0,5 grammes.

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Technique pour remédier à la procrastination communiquée par un expert en la matière : se fixer l’objectif minimum. Exemple : au lieu de se dire « aujourd’hui, je vais faire une centaine de crêpes », se dire « aujourd’hui, je sors les œufs du frigo ». Une fois le premier pas enclenché on continue spontanément. Je l’applique pour écrire le livre d’une autre que je n’ai pas du tout envie d’écrire. Je crois que je dois revoir mon objectif minimal à la baisse : ouvrir la porte du frigo par exemple. 

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Le deuxième épisode de la saison 4 de Dix pour cent est top, je le regarde deux fois en quarante-huit heures.

Lundi 19 octobre

Un homme et une femme discutent dans la rue, elle : « Ce sont des toxiques, des toxiques. Ces gens sont des merdes ! »

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Le soir, j’écoute un documentaire sur un faussaire qui s’était établi rue de la Grande Truanderie.

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Le chat miaule à mes pieds pendant que je mixe la soupe de courgette. Il en mange deux pleins bols.

Mardi 20 octobre

C’est l’heure de se coucher et de dormir. Je suis très fatiguée mais redoute l’idée d’aller m’allonger dans le lit, d’éteindre la lumière, de fermer mes yeux et que tout s’arrête et m’échappe à la fois, parce que c’est ça qui se passe avec le sommeil, tout nous échappe et tout s’arrête. Il faut avoir une sacrée confiance en soi, en l’humanité, en la vie, pour s’y abandonner.

Mercredi 21 octobre

La journée commence bien : un rappel des impôts de 241 €.

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Je m’octroie une demi-RTT. Balade dans Montmartre déserté par les touristes. Au coin d’une rue, Sylvie Testud et Michaël Youn tournent dans un film pour TF1.

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Ma concierge est rentrée de deux semaines et demie de vacances à Saint-Martin, elle est orange fluo. Elle me dit qu’à son retour, seul son chien lui a fait la fête.

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Couvre-feu à 16 heures à Lagos.

Jeudi 22 octobre

Mon cousin Jean-Guy a 24 ans.

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18 h 20, je décroche enfin les yeux de l’ordinateur. Balade dans mon quartier, je découvre la rue Titon et son square adorable. Au milieu une mare, mes yeux ne peuvent s’empêcher d’accrocher le ballon gonflé à l’hélium échoué dans l’eau, parce qu’il y a encore des parents qui achètent des ballons à gonfler à leurs enfants, et tant pis pour les oiseaux qui s’étouffent avec.

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J’adore observer mon chat jouer avec ses ficelles en raphia. Il s’y adonne avec le plus grand sérieux du monde, comme tout ce qu’il fait.

Vendredi 23 octobre

7 heures du matin : je foule l’asphalte de mes baskets de jogging, et j’en bave sévère. (Ai-je le droit de sortir ? Ah oui, à partir de 6 heures, on est autorisé.)

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Passer commande de graisse d’oie chez le boucher = fait !

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C’est pénible ces meubles bancals.

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Me référant à l’un des experts mondiaux de la procrastination (je ne vous dirai pas qui est-ce), je me fixe comme objectif minimum d’ouvrir le doc word sur lequel je dois travailler, simplement l’ouvrir. Mais au lieu de ça, je regarde mon chat qui regarde les oiseaux à travers la fenêtre (noter sur la to-do-list : faire les carreaux juste là où le chat regarde les oiseaux), de profil, le nez relevé, si beau.

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Troisième et quatrième épisodes de Dix pour cent suivis d’un long débat sur l’intrigue, l’évolution des personnages, le rythme et la qualité des épisodes, le jeu des guests.

Samedi 24 octobre

Ciel gris et bas, légère fraîcheur, mon temps préféré. Du froid et même un peu de pluie seraient les bienvenus.

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Dans l’incapacité d’écrire, de dessiner, de chanter, ma tête est trop pleine. Je vais boire un chocolat chaud dans mon bistrot favori, j’ouvre un livre et le referme aussitôt : je contemple les feuilles qui ont jauni, les façades des immeubles. Je regarde les gens passer, un homme laisse traîner par terre la bandoulière de sa besace, j’écoute les conversations autour de moi, deux femmes parlent de Dix pour cent.

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Les guests ont reçu 10 000 € par jour de tournage.

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Je rentre chez moi et prends l’ascenseur avec mon nouveau voisin, celui-là même à qui l’on doit les effroyables bruits de perceuse depuis le mois de juillet. Il a l’air sympa.

© Virginie Manchado, 2020

1 réflexion au sujet de “Journal du couvre-feu – Semaine 2 – 25 octobre 2020”

  1. Hello virginie .et si ta tâche d aujourd hui était seulement de regrouper tes écrits….. et peut-être demain d en lillustrer certains avec tes dessins magiques …..sans réfléchir….juste laisser faire ……je le cosmos to livre tel attends avec impatiente  mille bises de ta grande fan .poûEnvoyé depuis mon smartphone Samsung Galaxy.

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