Billets d'humeur

Journal du presque confinement – Semaine 4 – 8 novembre 2020

Temps de lecture : 6’48

Dimanche 1er novembre

Velouté de cresson, endive à la parisienne.

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Dans un élan de nostalgie et avec la furieuse envie de rire, nous regardons Les Visiteurs 1, et nous payons pour le voir de surcroît car nous ne le trouvons pas en streaming. Et que vois-je au générique ? Le nom d’un photographe avec qui je travaille régulièrement. Ça m’avait fait le même coup la dernière fois que j’avais regardé Le Maître d’école.

Je connais un dentiste qui fait des miracles, mais là…

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Il y a des films comme ça, on les regarde tous les dix ans (plus souvent nous ne le supporterions pas) et ça nous fait un bien fou. 

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C’est marrant comment les comédies regardées à deux ou à plusieurs nous font bien plus rire que lorsque nous les regardons tout seul. 

Lundi 2 novembre

Au lieu de répondre à mes mails, la première chose que je fais, c’est d’appeler le photographe dont j’ai vu le nom au générique des Visiteurs pour m’assurer que c’était bien lui, et nous voilà partis pour un long échange sur les connexions que nos étranges parcours nous font faire. Et après seulement, je peux me mettre au travail.

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Un jour, après m’avoir raconté que ma mère n’avait jamais eu de chance dans sa vie, ma grand-mère m’a expliqué qu’elle avait prénommé ma mère Joëlle parce que, lorsqu’elle était enceinte, mon arrière-grand-mère avait lu un livre dont les héros s’appelaient Éric et Joëlle, et qu’à Joëlle il n’arrivait que de bonnes choses. Pour la première fois, j’ai envie de lire ce livre, alors je tape sur Google « livre Éric et Joëlle » et puis « roman Éric et Joëlle », puis j’inverse l’ordre des prénoms, mais je tombe toujours sur le blog de Joëlle qui a écrit une chronique sur un roman d’Éric Fottorino, puis sur une interview de l’éditrice Joëlle Losfeld qui a repris la maison d’édition de son père, Éric Losfeld. Du coup, je lis toute l’interview, après quoi je m’apprête à taper « Éric et Joëlle », mais à peine ai-je tapé « Éric » que Google affiche « Éric Bompard », du coup je regarde des pulls en cachemire, surtout ceux avec un col en V.

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Je devais avoir huit ou neuf ans. Mon père et moi regardions le générique de L’homme qui tombe à pic. Il accomplissait plein d’actions chevaleresques, à un moment on le voyait sauter dans l’eau depuis un pont haut de plusieurs mètres, je m’étais écriée « Mais ce n’est L’homme qui tombe à pic ! C’est L’homme qui tombe à l’eau ! » 

Une autre fois, sensiblement au même âge, avec ma grand-mère cette fois, le générique de La Dernière Séance venait d’être lancée et j’avais crié à ma grand-mère, encore dans la cuisine « Mamie, viens vite, c’est la dernière séance ! »

La nouvelle interface du blog ne me permet pas de faire la mise en page
… que je veux, je voulais insérer les photos dans les notes ci-dessus…
C’est déceptif comme disent les gens qui ne connaissent pas le mot décevant.

Mardi 3 novembre

Velouté de cresson, noix de saint-jacques et fondue de Poireaux (on est vraiment dans le cresson en ce moment).

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Mon chéri et faisons la liste des choses que nous avons faites pour la première fois récemment et aussi celles que nous avons arrêtées de faire. Dans le désordre ça donne : inhalation, osso bucco, se baigner dans la Dordogne, fumer, manger de la crème d’amandes, randonner en forêt…

Mercredi 4 novembre

6 h 30 : il y a douze ans, je m’étais réveillée à la même heure et avais foncé au bureau où j’avais donné l’ordre d’imprimer Les rêves de mon père avec en biographie, Barack Obama devient président des États-Unis d’Amérique et de jeter la 4e de couverture avec « il perd l’élection présidentielle ». L’espoir me gagne.

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« L’affreux Donald », comme le surnomme une fillette de 5 ans de ma connaissance, remonte…

12 heures : péril rouge outre-Atlantique… Je file dehors me changer les idées et mes pas me conduisent à la librairie où je me procure 1984, chef-d’œuvre adapté en roman graphique. Depuis le pas de la porte j’engage une discussion animée avec la libraire durant laquelle nous blâmons vertement la Pennsylvanie « Non, mais qu’est-ce que c’est que cet État ? » « Et moi, qui les prenais pour des gentils… ». Après quoi, promenade dans deux squares.

« War is peace, Freedom is slavery, Ignorance is strengh »

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Sur les coups de 14 h 30, toute la poussière et les boules de poils de chat me déconcentrent, donc je me lève passer l’aspirateur et j’en profite pour le passer sur mon masque car ma très belle étole bleu électrique en mohair y laisse plein de petits poils qui me chatouillent. J’avais eu un copain qui se passait l’aspirateur sur la tête car il souffrait beaucoup d’avoir des pellicules. 

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Sans que je sache pourquoi ma chaussette gauche finit toujours par roulotter au bout de mon pied, et ce quelles que soient les chaussettes que je porte, quelles que soient les chaussures.

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17 heures : le chat finit mon bol de thé, c’est vrai que c’est un très beau bol dans lequel on a grand plaisir à boire son thé.

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18 heures : je reprends espoir.

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18 h 26 : le chat monte sur mon bureau, un Post-it se colle à ses fesses, il saute et traverse tout l’appartement pour s’en défaire.

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Le chat ne fait pipi pas plus que de coutume, cf. le thé.

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Je me couche pleine d’espoir.

Jeudi 5 novembre

Je me réveille pleine d’espoir.

Tiens bon Joe !

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La robe de chambre, ça ne s’arrange pas. En machine pour la troisième et dernière fois, après ce sera direction pressing.

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Donald s’énerve

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Ma langue fourche et je rebaptise « Intrusion-Destruction » un groupe d’Extinction-Rebellion qui empêche une vieille dame d’aller voir ses ruches sur le terrain qu’elle loue. Non, mais qu’est-ce que c’est que ces manières de tout s’approprier ! Comme dirait mamie « pied-cul ». Il paraît que lorsque je m’énerve mes racines paysannes remontent à la surface et s’expriment pleinement.

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Juste avant d’éteindre la lumière, je propose d’aller faire une randonnée en forêt ce samedi après-midi…

 

Vendredi 6 novembre

Au réveil, mon chéri me propose d’aller boire un café en terrasse ce week-end…

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6 h 18 : le fils cadet des voisins d’en face, Aurélien, est déjà levé. Il végète sur le canapé quelques minutes puis sort ses céréales, des Crunch, et se met à table tout seul.

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Vingt-sept cas de Covid à la maison de retraite de Caylus d’après l’oncle Jo.

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« Le nombril », ça pourrait être un bon titre de roman.

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Neuf livres empilés sur ma table de chevet, lectures passées ressorties pour saisir un mot, une image. Lectures en cours et à venir. Lectures planifiées mais pas encore entamées.

Samedi 7 novembre

Première réveillée, je me faufile (le pyjama sous le jogging, les cheveux décoiffés camouflés sous la capuche du blouson) au dehors pour rapporter pain viennois (dont nous raffolons pour son goût légèrement salé) et clémentines. La ville s’éveille, le marché n’a pas encore démarré, le froid pique le bout du nez et des doigts. Dans quelques minutes je serai rentrée et me glisserai sous la couette en catimini. Extase.

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Au menu ce week-end : paupiettes de canard enveloppée dans une feuille de chou, velouté de marrons au tofu soyeux.

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Camion qui circule autour de la Maison-Blanche

© Virginie Manchado, 2020

2 réflexions au sujet de “Journal du presque confinement – Semaine 4 – 8 novembre 2020”

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