Billets d'humeur

Journal du presque confinement – Semaine 5 – 15 novembre 2020

Temps de lecture : 7’23

Dimanche 8 novembre

Ce blog ne m’obéit en aucun point, il a posté de son plein gré mon journal du presque confinement à deux heures du matin, ce n’est pas du tout ce que je lui avais demandé !

*

Dans un livre sur Emily Dickinson, la description d’un nid d’oiseau fait avec brindilles et laine bleue.

*

*

Dans la rue, un fils à son père : « Est-ce que moi aussi j’ai un demi-frère caché ? »

*

Je surfe sur le site d’une librairie et mes yeux lisent « Livre vivement déconseillé », mon sang ne fait qu’un tour. 

*

JEU : Le très beau livre que je lis, Les villes de papier de Dominique Fortier, m’inspire un jeu :

Comment appelle-t-on un groupe de : faisans, d’étourneaux, flamants, de hiboux, d’alouettes, de papillons, de crabes, de phoques, de vipères, d’abeilles, de souris, de sangliers, de moustiques, de babouins, de lions ? 

Les réponses dimanche prochain. Bonne chance !

*

Jeu favori de Praline, la chienne de ma voisine : faire rouler des balles sur le balcon et les regarder tomber dans la rue.

Lundi 9 novembre

7 h 50 : je devrais être dans un train qui m’emmènerait sur l’île de Ré pour la semaine au lieu de ça, je suis assise dans mon fauteuil, un cahier sur les genoux. La journée commence par un gros câlin du chat.

*

Dans un texte que j’écris, j’emploie l’expression « à travers », mais comme chaque fois que je m’apprête à écrire « à travers » j’hésite. J’hésite parce qu’un de mes profs à l’université nous avait crié dessus qu’on passait « à travers d’un carreau ». Chaque fois qu’on écrivait « à travers » dans un devoir, il barrait avec son feutre rouge épais.

Un autre prof, qui terrorisait tous les amphis pleins de géographes en herbe, avait demandé à un étudiant en retard « C’est parce que vous êtes gros que vous ne fermez pas la porte derrière vous ? »

*

Scoop ! Le confinement se prolongera jusqu’au mois d’avril 2021, et peut-être jusqu’au mois de mai ! C’est ma concierge qui me l’a dit, et ma concierge sait tout, mais comme toute journaliste d’investigation qui se respecte elle protège le secret de ses sources.

*

Qu’est-ce que je ne donnerais pas ce soir pour quelques orangettes de Patrick Roger.

*

J’écoute Serge Joncour parlait de son dernier roman et deux souvenirs me reviennent en mémoire : une de mes copines va se promener au supermarché lorsqu’elle s’ennuie ; ma grand-mère désigne les vieux paysans qui entassent des sacs poubelles de billets de monnaie sous leur lit mais n’ont ni l’eau, ni l’électricité des « riches pauvres ».

Mardi 10 novembre

Quand j’ouvre un livre je m’intéresse à la page « du même auteur », d’abord parce que pendant des années c’est moi qui les ai préparées (aux éditions Points et aux Échappés), ensuite parce que j’aime analyser le rythme de parution, et donc d’écriture, des auteurs, et aussi leur fidélité ou infidélité aux éditeurs.

Mercredi 11 novembre

Œufs de caille au petit-déjeuner, pintade rôtie à midi, graisse de canard au frigo, double couette, surmatelas et doubles oreillers dans le lit, nouvelles chaussettes bleu canard… nous sommes vraiment dans la plume.

*

Flash info spécial enseignant : Des parents d’élèves avignonnais qui amenaient leurs enfants à l’école en retard et trouvaient le portail fermé les ont littéralement jetés par-dessus le portail, aussi, la directrice de l’école a dû coller une affichette mentionnant que le « lancer d’élèves est interdit ».

À ce soir mon chéri, travaille bien !

*

Dans un roman que je lis, un personnage reproche à un autre de n’avoir pas ôté sa montrer pour jouer au golf, quelqu’un peut-il m’expliquer quel est le problème ? Quand je joue au golf, je garde toujours ma montre au poignet.

*

Avec mes nouvelles chaussettes,

je ne peux ni dancing in the rain
ni faire le chien
ni les porter avec des sandales

*

Un vieil homme dans la rue fume une cigarette qu’il tient tout proche de la jointure de ses phalanges, j’ai toujours aimé cette façon de tenir les cigarettes.

*

Dans la liste des choses faites pour la première fois récemment : acheter des chaussettes ensemble (cf. billet du 8 novembre).

*

Deux nouvelles expressions font leur entrée dans la langue française, « faire sa Cracotte » et « faire sa Casquette ». Faire sa Cracotte, du nom de la chatte Cracotte qui, après s’être frottée à vos jambes vous tend ses griffes et vous abjure ; faire sa Casquette, du nom de la chatte Casquette qui, sans même vous connaître vous témoigne un amour absolu et inconditionnel. Ainsi, il sera fortement recommandé aux chats de moins faire sa Cracotte et de faire un peu plus sa Casquette.

Jeudi 12 novembre

Pour la première fois, l’animatrice d’un atelier d’écriture me demande si j’accepte que mon « Journal du confinement » soit conseillé à ses pratiquants, qui sont peut-être en train de lire ces lignes ; je m’applique.

*

Pour la première fois, je commence un roman de Russo, j’ai l’impression qu’il dit beaucoup de gros mots.

*

À plusieurs reprises pendant que je lui raconte le feuilleton policier que j’ai regardé la veille, mon compagnon me dit « Je ne comprends rien », mais une fois que j’ai fini mon récit de cette histoire vraiment tarabiscotée je lui demande de me la raconter à son tour, et là, en quelques mots il me fait le résumé parfait d’un film qu’il n’a pas vu.

*

Super remède contre les difficultés à s’endormir : Les Aventures de Tintin et Milou adaptées en pièces radiophoniques.

Vendredi 13 novembre

Pull aubergine, chaussettes aubergine, foulard aubergine, sac à main aubergine, chaussures aubergine, pantalon noir, manteau noir.

*

Je n’ai pas la clef qui ouvre la porte qui donne accès aux caves qui sont au sous-sol. Habituellement, quand je veux aller chercher quelque chose dans ma cave, c’est ma concierge qui m’accompagne, elle attend que j’aie fini puis nous remontons ensemble. Mais aujourd’hui, c’est son mari qui m’ouvre la porte. Une fois en bas, je lui dis « Vous restez avec moi ? » « Ah non, je descends au parking ! » et il claque la porte (qui s’ouvre de l’intérieur, ouf) et s’en va. 

*

Afin de mieux connaître ma mère je calcule son ascendant mais je ne connais pas l’heure exacte de sa naissance, ma grand-mère m’a juste dit « elle est morte à la même heure qu’elle était née, à la fin de la nuit », elle a donc pu être poisson ascendant sagittaire ou poisson ascendant-capricorne. Du peu que je me souviens d’elle, je dirais plutôt poisson ascendant sagittaire.

*

D’après une romancière de ma connaissance, ce qui est formidable à la lecture d’un texte, c’est de se demander si ce qui est écrit a vraiment été vécu par son auteur ou si c’est inventé.

*

Expérience : je pose un papier sur le broc d’eau pour empêcher le chat de s’y abreuver, quelques instants plus tard j’entends son lapement familier et retrouve le papier par terre.

*

21 h 37 : je gagne une bouteille de rouge après avoir demandé à mes voisins d’arrêter de faire des travaux (tous les jours, toute la journée depuis le mois de juillet).

*

2 h 09 : Tintin à la radio, eh bien Tintin !

Samedi 14 novembre

Tôt le matin : je dois travailler sur un projet, pas le choix, pourtant je déteste m’abîmer pour ce genre de projets le week-end.

*

10 h 49 : je vais chercher ma robe de chambre au pressing (cf. billet du 8 novembre) qui est à cinquante mètres de chez moi et je sors, sciemment, sans autorisation.

*

Robe de chambre qui embaume le propre, le frais, le parfum de synthèse.

*

11 heures passées et je n’ai toujours pas commencer ce travail qui m’abîme… je dégaine la méthode antiprocrastination (cf. billet du 25 octobre).

*

Un enfant qui donne la main à sa mère chantonne « Maman, t’es la plus belle ».

*

Un autre qui se fait la belle pendant que sa mère cherche ses clefs dans son sac à main. La mère porte un très bel ensemble, jupe longue et pull-over près du corps bleu marine, bottines à talon cognac, qui me laisse envieuse.

*

Un clochard plié en deux pousse qui son Caddy, son pantalon qui dévoile la moitié de ses fesses noires de crasse.

*

De plus en plus de petits commerçants me disent que quoi qu’il en soit, le 1er décembre leur boutique sera ouverte.

© Virginie Manchado, 2020

2 réflexions au sujet de “Journal du presque confinement – Semaine 5 – 15 novembre 2020”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s