Histoires et récits

La femme qui voulait voir la mer

Temps de lecture : 7’13

Aquitaine

En octobre 2020, je me suis dit qu’une petite semaine, toute seule, en bord de mer, me ferait le plus grand bien. Moi qui n’avais pas vu la mer depuis l’été 2019. Fuyant les périodes de vacances scolaires, je décidais de partir en novembre. Pour mon hébergement, j’avais trois critères : que l’endroit soit cosy, qu’il dispose d’un joli bureau et que j’aie le moins possible à faire, autrement dit pas de repas à préparer ni de ménage à faire. Pas facile de cacher toutes les cases, surtout hors-saison, mais je finissais par trouver le lieu idéal à l’île de Ré, dans un hôtel simple et élégant, où l’équipe se proposait de m’aménager une chambre selon mes desiderata. Que demander de plus ? L’hôtel, la chambre, les vélos dans le hall de l’hôtel, aucun touriste mais toutes les activités ouvertes, pas trop de soleil, du vent, un peu de pluie en fin d’après-midi avec un peu de chance, et un bon chocolat offert tous les soirs par la maison.

Mais voilà qu’un dénommé J.C. décida par un soir d’octobre de nous enfermer. Bye bye l’île de Ré.

Ile de Ré

Normandie

À l’hiver 2021, je me suis dit qu’une petite semaine, toute seule, en bord de mer, me ferait le plus grand bien. Moi qui n’avais pas vu la mer depuis l’été 2019. Fuyant les périodes de vacances scolaires, je décidais de partir la semaine du 29 mars, soit juste avant le début des dites vacances scolaires.

Cette fois-ci, l’île de Ré ne me disait plus rien du tout. Sans que je sache pourquoi, mon cœur me portait vers Honfleur. D’ailleurs, un ami qui venait d’y passer trois jours, me disait le plus grand bien de cette petite ville de bord de mer, il avait même un endroit où loger à me conseiller, un dénommé Julien qui avait un appart mignon, pas cher et qui, en plus, était super sympa. Vas-y, balance le contact. Bonjour madame, oui, je loue un appartement, oui, je vais vous envoyer le lien de location par SMS. SMS qui ne m’est jamais parvenu. 

Que nenni ! Entre-temps, j’avais déniché une ancienne école pour filles transformée en chambre d’hôtes, avec des chambres mansardées, des coins salons, deux cours fleuries… et un système pour dîner dans le respect des trucs et bidules…

Mais voilà qu’au moment d’acheter mon billet de train, « Aucun trajet ne correspond à votre demande » me dit le site de la SNCF. D’abord j’en discute par téléphone avec un comptable avec lequel je bosse régulièrement qui m’assure prendre le train sur cette même ligne plusieurs fois par semaine, qu’il n’a jamais rencontré aucun problème et qui finit par me demander si je suis sobre. Un matin, je me rends donc à la gare la plus proche de chez moi (une très très grande gare), où je constate que ce n’est pas facile de trouver un guichet SNCF entre l’Occitane, Sephora, Pierre Hermé et consort. Toutefois, j’y parviens. Après avoir versé un demi-litre de gel hydroalcoolique sur mes deux mains (j’ai le même flacon depuis mars 2020, rien de tel que de l’eau et du savon pour se laver les mains), une dame m’explique qu’il va y avoir des travaux, que oui, des trains circuleront sur cette ligne, mais qu’il me faudra changer trois fois au minimum pour arriver à destination. Bye bye Honfleur.

Honfleur

Bretagne

L’envie d’aller passer quelques jours en bord de mer est tenace, et l’envie d’aller sur une île ressurgit. L’île de Ré ne me dit toujours rien. Que nenni ! Il y a Belle-île-en-mer, c’est formidable ! Et formidable une deuxième fois, je trouve une chambre immense équipée d’un coin salon-bureau chez une dame qui a un jardin et vue sur le port et qui me fait un prix parce que je viendrai seule et qui me servira un repas confectionné par ses soins, tous les soirs. Le trajet en train-bus-bateau s’emboîte à merveille, c’est formidable une troisième fois. Un ami me prête ses deux guides de balades sur Belle-île. Décidément, c’est formidable. 

Mais voilà que quelques jours plus tard, la dame de la chambre d’hôtes me prévient qu’elle est contrainte d’annuler ma réservation parce qu’elle doit se faire opérer en urgence des cordes vocales – c’est vrai qu’au téléphone, au moment de réserver, elle avait des difficultés à parler. S’ensuit un parcours du combattant pour trouver un logement digne de ce nom qui soit ouvert. Je découvre tout de même une chambre d’hôtes qui me plaît, notamment parce qu’ils se refusent à avoir la télévision. Le lieu a l’air magnifique, mais la dame me dit ne pas pouvoir recevoir dans de bonnes conditions, donc ne pas recevoir tout court. De plus, elle attire mon attention sur le fait qu’aucun restaurant n’est ouvert sur l’île en ce moment, donc elle ne sait pas où je vais pouvoir manger. Elle n’est pas sûre non plus que les bus fonctionnent. Effectivement, une dame de l’office de tourisme de Belle-île me confirme que la mise en circulation des bus a été retardée. Bye bye Belle-île-en-mer.

Belle-île

Picardie

Je ne désespère pas, mais presque. Je reconsidère l’île de Ré, l’hôtel que j’avais repéré à l’automne serait ravi de me recevoir, mais l’enchaînement train-bus est infernal. Définitivement, non.

Par dépit, je tape sur Google « Voir la mer depuis Paris », c’est le site de la SNCF qui apparaît. On m’y propose quatre destinations en bord de mer accessibles depuis Paris en quelques heures à peine, dont Honfleur. Le Crotoy retient mon attention. Le Crotoy, ce serait pas le petit coin magnifique dans la baie de Somme ? La baie de Somme, la baie de Somme, mais oui, j’avais interviewé un architecte de l’urgence qui avait géré la crue de la Somme, en 2001 si je me souviens bien. Les images me laissent rêveuses. Les hôtels aussi. Le temps de trajet aussi. Les prix aussi. L’amabilité de mes interlocuteurs (je teste plusieurs établissements) encore plus. Du coup, j’allonge la durée initiale de mon escapade en bord de mer. Et je dis à une amie, non sans fierté, que j’ai tout réservé : hôtel, avec chambre duplex, plateaux-repas (préparés par un maître restaurateur) servis le soir dans ma chambre, vélo, train, taxi. La seule chose qui m’inquiète, c’est l’état de mon postérieur après deux journées de vélo, car je n’ai toujours pas acheté de selle pour femme et que les vélos à louer sont, bien évidemment, pensés pour les hommes. Mais je ne vois que le bien, tout excitée que je suis par mon escapade qui se rapproche chaque jour un peu plus. Et un soir, où mon compagnon et moi nous apprêtons à faire une méditation, nous choisissons pour fond sonore le bruit de la mer, et ne peux m’empêcher de lui dire, Et dire que je vais bientôt entendre ça en vrai.

Mais voilà qu’un dénommé J.C. décida par un soir de mars de nous enfermer. Bye bye la Baie de Somme.

Baie de Somme

Paris

J’ai fait appel à un sorcier africain à qui j’ai demandé de faire une poupée pieds nus du J.C. en question, de l’attacher à un lit au bout duquel une chèvre lui lèchera les pieds jusqu’à ce que mort s’en suive.

Chèvre chatouillant les pieds de J.C.

2 réflexions au sujet de “La femme qui voulait voir la mer”

  1. Ah ma virginie.!!! toujours autant d exitation à la lecture de tes ecrits. Je suis désolée pour toi et en même temps ravie de tes  déconvenues qui entraînent d autres recherches donc d autres aventures tout aussi rocambolesques .encore 4 semaines et je le souhaite  ,tout rentrera dans l ordre au moins de le tien .continue tes recherches et merci, u ai passé  un bon moment …..bises

    Envoyé depuis Yahoo Mail pour Android

    Aimé par 1 personne

Répondre à marie ange escribe Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s