Littérature étrangère, Littérature française, Livres

Mes lectures préférées en 2021

Chères toutes, chers tous,

Je ne pouvais pas laisser l’année s’achever sans vous avoir écrit un petit mot. Pas de journal ici, mais de la littérature. Je vous propose la liste de mes lectures préférées en 2021 : une phrase pour résumer l’intrigue, une autre pour vous dire pourquoi j’ai aimé.

Je commence par mon roman préféré, mais ne voyez aucun classement dans la suite de la liste :

Shuggie Bain
de Douglas Stuart
aux éditions Globe

Glasgow, années 1980, milieu ouvrier, misère sociale et Shuggie, cinq ans et homosexuel, en adoration devant sa mère, Agnes, alcoolique et magnifique. Il a décidé de ne pas la laisser tomber, jamais…

J’ai aimé parce que c’est un milieu qui me parle beaucoup et que j’y reconnais des pans de mon enfance. Mais ce que j’ai vraiment aimé, c’est la dignité d’Agnes malgré son extrême fragilité, et la persévérance de Shuggie. (Dès le premier livre je donne un coup de canif au contrat en écrivant deux phrases…)

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La fille qu’on appelle
de Tanguy Vieil
aux éditions de Minuit

Max Le Corre est boxeur et chauffeur du maire de la petite ville où il habite. Sa fille, Laura, vingt ans, a besoin d’un petit coup de pouce, elle cherche un logement. Tiens, tiens, le maire pourrait peut-être la pistonner…

J’ai aimé parce que comment ne peut adorer le style de Tanguy Viel ?! Ce roman, comme ses précédents, se boit comme du petit-lait, on tourne les pages sans s’en rendre compte tant on a envie de savoir si Laura va obtenir, ou non, son logement.

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Quatre heures, vingt-deux minutes
et dix-huit secondes
de Lionel Shriver aux éditions Belfond

Remington, la soixantaine, qui n’a jamais fait la moindre once de sport de sa vie, annonce tout de go à Renata, son épouse, la soixantaine aussi, qui a couru quinze kilomètres tous les jours pendant plus de quarante ans mais qui ne peut plus le faire, qu’il va courir un marathon. Et c’est le début des emmerdes.

J’ai aimé parce que Lionel Shriver a une plume acerbe, extrêmement drôle (plusieurs crises de rire durant la lecture, notamment grâce au fils des deux principaux protagonistes, qui est mon personnage préféré) et vigoureuse à l’encontre de notre société, du culte du corps et de l’apparence, et des phénomènes de mode et de groupe.

Un petit plus : j’ai littéralement « plongé into Lionel Shriver » et ai également énormément apprécié Big Brother et Double Faute.

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Gema de Milena Busquets aux éditions Gallimard

Un souvenir lointain et douloureux vient titiller la conscience de la narratrice : la mort de Gema, sa camarade de lycée. Quelle place accorder à l’amitié ? Surtout quand son amie est morte il y a longtemps et qu’elle nous manque ? Comment bien élever ses deux fils ? garder une bonne relation avec leurs pères respectifs ? gagner sa croûte en tant que traductrice et écrivaine ? vivre une histoire d’amour ? griller sa clope dans la torpeur estivale de la capitale catalane ? (Et là, ça fait beaucoup plus d’une phrase pour résumer l’intrigue.)

J’ai aimé parce que Milena Busquets a l’art et la manière (cf. son précèdent roman, Ca aussi, ça passera) de raconter des aspects de la vie hyper sensibles sans avoir l’air d’y toucher, comme ça en passant, entre deux apéros entre copines, et c’est justement là que réside toute sa poésie.

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Ma dévotion de Julia Kerninon
aux éditions du Rouergue

Helen tombe nez à nez avec Frank, ils ne se sont pas vus depuis des années après avoir partagé amour des coeurs, des corps et de l’art jusqu’au drame.

J’ai aimé parce que ça parle d’art, de création, de processus créatif, d’amour, de don de soi, de construction de soi, de relation à autrui… bref, de la vie, dans une langue fluide et classique, comme on en lit peu en 2021.

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Des jours sans fin de Sebastian Barry aux éditions Joëlle Losfeld (et Folio)

Thomas et John se rencontrent adolescents, à l’époque où des Blancs chassent des Indiens et où, bientôt, la guerre de Sécession fera rage. Ils sont amis, amoureux, amants, et tentent de se frayer un chemin dans ce monde où il faut tuer pour avoir la vie sauve, puis ils viennent à la rescousse d’une petite Indienne devenue orpheline…

J’aime aimé parce que c’est obligatoire d’aimer cette poésie, cette beauté, cette langue si crue, si riche,qui raconte l’homosexualité dans l’armée et mille autres choses.

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Terra Alta de Javier Cercas aux éditions Actes Sud

Les corps des Adell, un couple âgé et propriétaire de l’usine qui fait vivre toute la région, sont retrouvés à Terra Alta. Ils ont été torturés de façon atroce avant d’être tués. C’est Melchor, flic brillant et ancien repris de justice, qui va mener l’enquête et tenter de résoudre l’énigme. Une énigme qui pourrait bien prendre ses racines dans la guerre civile qui a divisé l’Espagne à jamais.

J’ai aimé parce que j’aime les romans noirs, les histoires sordides, les meurtres et les noeuds psychologiques qu’on se traîne de génération en génération. Parce que je m’appelle Manchado et que ça parle de la guerre qui a chassé ma grand-mère de chez elle et qui fait que je suis née en France.

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Jeune femme au luth de Katharine Weber
aux éditions du Sonneur

La narratrice, éminente spécialiste de Wermeer, a été approchée par le beau et jeune Michael O’Driscoll, un jeune Irlandais. Il lui demande de veiller sur le tableau Jeune femme au luth, qui se trouve être sa peinture préférée et aussi une propriété de la reine d’Angleterre. Comment dire non à un bel Irlandais plein de taches de rousseur et de fougue ?

J’ai aimé, non, j’ai adoré, à tel point que je l’ai lu une seconde fois à voix haute. C’est intelligent, piquant, rythmé, drôle, ça tourne autour de l’art, de la politique, ça dit l’amour et la stratégie aussi. Non mais, on ne va pas se laisser mener par le bout du nez par qui que ce soit !

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L’eau rouge de Juran Pavicic aux éditions Agullo

Nous sommes en 1989 et la Yougoslavie n’a pas encore été rayée de la carte. Silva, dix-sept ans, va à la fête du village. Elle ne rentre pas. Les années passent, sa disparition non élucidée, divise sa famille et le village, pendant que la Croatie s’échappe du giron russe, bascule dans le capitalisme et devient un pays de plus en plus touristique.

J’ai aimé parce que c’est personnel, historique, politique et économique à la fois.

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Archives des enfants perdus de Valeria Luisella
aux éditions de l’Olivier (et chez Points)

Un homme et son fils, une femme et sa fille. Ils se sont rencontrés en travaillant sur un projet fou : enregistrer toutes les langues qui sont parlées à New York City. Aujourd’hui, ils ont un nouveau projet : prendre la route pour aller recueillir la parole des enfants perdus, ces enfants mexicains qui tentent leur chance aux USA sur le toit d’un train, le numéro de téléphone de leur grand-mère restée au pays brodé sur leurs habits.

J’ai aimé parce que c’est tellement proche du réel sans en faire un récit journalistique. C’est l’histoire de cette famille recomposée, de ces enfants qui partent sans leurs parents, de leurs voix, de la radio, des voix qu’on enregistre (je suis très sensible aux voix). C’est saisissant de justesse et ça impacte, fort.

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Sur les ossements des morts d’Olga Tokarczuk aux éditions Noir sur Blanc (et chez libretto)

Ingénieur à la retraite, Janina vit seule dans un hameau quasi désert des Sudètes. Elle a deux passions : William Blake (d’où le nom du roman) et l’astrologie. Voilà qu’on découvre un premier cadavre dans le village, puis un deuxième… Le point commun entre tous ces morts ? Des traces animales. Vite, calculons leur thème astral pour en savoir plus sur eux ! (J’ai définitivement renoncé à résumer les histoires en une phrase.)

J’ai aimé parce que c’est truculent, marrant, plein d’esprit et de références à la littérature. Et c’est connecté à la nature. Un régal.

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Le Dernier Eté en ville de Gianfranco Calligarich aux éditions Gallimard

Rome, fin des années 1960. Leo est un jeune homme qui peine à trouver sa place dans la société. Ses journées se finissent souvent par des nuits alcoolisés, jusqu’à ce qu’il rencontre la belle et séduisante Arianna. L’amour est là, mais il est difficile à exprimer. Alors, peut-être faudra-t-il renoncer à vivre ?

J’ai aimé la langue de ce roman. Très dolce vita et très nostalgique à la fois. Un portrait d’homme subtil et la description d’une époque, désormais révolue.

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La Rivière de Peter Heller aux éditions Actes Sud

Deux étudiants férus de nature peuvent, enfin, s’offrir la descente en canoë sur le fleuve Maskwa au Canada. Deux semaines de pleine communion avec la nature. C’est sans compter sur le feu qui lèche la forêt et dévore tout sur son passage. Quand la nature se retourne contre vous et vous repousse dans vos retranchements, que reste-t-il de votre humanité ?

J’ai adoré ce roman, d’abord parce qu’il se passe au coeur de la nature, que c’est sauvage, violent, et tellement humain.

Un petit plus : j’ai tellement aimé La Rivière, qu’après l’avoir fini je me suis précipitée en librairie pour me procurer Céline et Peindre, pêcher et laisser mourir.

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Un petit homme de dos de Richard Morgiève aux éditions Joëlle Losfeld

C’est un petit Polonais qui tombe amoureux d’une Française en 1942. Il copine avec les résistants et les collabos, puis ouvre une boutique, son comportement est excentrique, on dirait qu’il a le diable au corps. Son fils raconte, trente plus tard.

J’ai aimé ce portrait de ce petit homme de dos, parce qu’il est poignant et qu’il ressemble à quelque chose que j’ai vécu. Rien que le titre en dit long.

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Où vivaient les gens heureux
de Joyce Maynard
aux éditions Philippe Rey

Une jeune artiste connaît le succès et l’amour avec son mari et leurs trois enfants. Ils vivent dans une petit ferme à la campagne et malgré les difficultés de la vie, tout va bien, leur famille est un roc… qui va bientôt s’effriter et faire poser la question à la narratrice : jusqu’où aller pour le bonheur des siens ?

J’ai aimé ce roman, même si de la même auteure je préfère De si bons amis, parce que Joyce Maynard réussit à brosser le portrait d’une femme qui cherche son chemin malgré les vicissitudes de la vie.

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Les Disparus de Daniel Mendelsohn
aux éditions Flammarion
(et aussi chez J’ai lu).

Depuis l’enfance, Daniel Mendelsohn sait que son grand-oncle, son épouse et leurs filles sont mortes en 1941 en Pologne. Quand ? Comment ? Où précisément ? Dans quelles circonstances ? Cela, il ne le sait pas. Lorsqu’il découvre des lettres de son grand-oncle à sa famille partie en Amérique, lettres restées sans réponse, Daniel Mendelsohn part à la quête de la vérité : des années de recherches, des voyages innombrables, des rencontres, des litres de cafés avalés.

J’ai aimé ce récit, tellement aimé ce livre, c’est tellement riche, bouleversant. Je suis admirative de ce qu’a entrepris Daniel Mendelsohn et au récit qu’il a su en tirer. (Je dois préciser que pendant cette lecture mes nuits n’ont pas été de tout repos, mais parfois ça fait du bien d’être remué.)

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Mon maître et mon vainqueur de François-Henri Désérable aux éditions Gallimard

Il y a un juge, Vasco, un cahier sur lequel est écrit « Mon maître et mon vainqueur »et le narrateur. C’est une histoire d’amour un peu compliquée.

J’ai aimé parce que c’est jubilatoire. C’est drôle à souhait. Ca ressemble énormément aux romans de Tanguy Vieil.

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Les villes de papier, Une vie d’Emily Dickinson,
de Dominique Fortier aux éditions Grasset

En tissant ensemble les poèmes d’Emiliy Dickinson, Dominique Fortier imagine la vie de la poétesse. (Et cette fois, j’ai réussi à résumer en une seule phrase.)

J’ai aimé, non, j’ai adoré, parce que c’est subtile, émouvant, fort, élégant, sensible, beau tout simplement.

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Une monde à portée de main de Maylis de Kerangal
aux éditions Verticales (et chez Folio)

Paula a vingt ans et fait une école d’art. Elle apprend à reproduire des plâtres, des stucs, du marbre, une grotte… Elle apprend la vie aussi. Parce que pour comprendre le monde, il faut s’en saisir et le pétrir de ses mains.

J’ai aimé parce que c’est très visuel, très riche, extrêmement vivant.

Un petit plus : un monde à portée de main était mon entrée en Maylis de Kerangal, j’ai poursuivi avec Canoës (où il est question de la voix), et je n’ai pas été déçue par ma curiosité.

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Ce genre de petites choses de Claire Keegan aux éditions Sabine Wespieser

C’est bientôt Noël et Bill, marchand de charbon et de bois, a beaucoup de livraisons à effectuer, notamment au couvent, où il découvre une pauvre fille pas bien vêtue, pas bien nourrie et en pleurs. Il décide de la mettre à l’abri chez lui, avec sa femme et leurs cinq filles, parce qu’il y a bien longtemps, sa mère fut, elle aussi, une pauvre fille mère.

J’ai adoré ce roman. Quelle voix ! Quelle poésie Claire Keegan. C’est tellement simple et émouvant.

Un petit plus : aussitôt Ce genre de petites choses refermé, je me suis précipitée sur Trois Petites Lumières, tout aussi magnifique.

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Géantes de Murielle Magellan aux éditions Mialet-Barrault

Laura, une femme, petite, rondelette, plutôt discrète, se retrouve propulsée sur le devant de la scène lors de la venue d’un auteur japonais, qu’elle adore et dont elle connaît très bien l’oeuvre, car Laura est férue de littérature japonaise, dès lors elle se met à grandir, grandir, grandir…

J’ai aimé parce que ce roman est plein de vie, truffé de références à la littérature japonaise (que j’affectionne), parce qu’entre chaque chapitre s’intercale un extrait du journal de la romancière, en écho, bien évidemment, à ce roman.

Petit plus : c’était la première fois que je lisais Murielle Magellan, je n’ai pas été déçue du voyage.

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Les Enfants de la Volga
de Gouzel Iakhina aux éditions Noir sur blanc

Années 1920, l’URSS en pleine éclosion. L’instituteur Jakob Bach est un des descendants des Allemands venus s’installer sur les rives de la Volga (Russie) au XVIIIe siècle. Il devient père et s’emploie à raconter l’histoire de son pays, en pleine transformation, à sa fille sous forme de contes, qui deviennent parfois réalité.

J’ai aimé parce que j’ai beaucoup appris sur cette région et cette période. Et parce que cette langue ne ressemble à aucune autre, elle est si riche que j’ai rarement lu aussi lentement (une cinquantaine de pages par semaine).

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Hamnet de Maggie O’Farrell aux éditions Belfond

En 1596, Hamnet est un petit garçon d’une dizaine d’années. Il vit dans un petit village anglais, son grand-père est gantier, sa mère soigne les gens avec des herbes médicinales, sa soeur jumelle a des bubons sous la peau et son père est à Londres pour son travail : il fait l’acteur et écrit des pièces de théâtre.

J’ai aimé parce que c’est un magnifique portrait d’enfant, du petit Hamnet que son père, jamais nommé dans le roman (et ça, c’est un tour de force), immortalisera dans sa pièce Hamlet.

Le petit plus : c’est sur les conseils de mes amis Michel et Sylvie que j’ai entrepris cette lecture. A l’heure où j’écris ces lignes, je sais déjà que je vais lire toute la back-list de Maggie O’Farrell et surveiller de près ses prochaines parutions. Décidément, l’Irlande est une terre de romanciers de très haute qualité.

*****

Plus tous les autres livres que j’ai aimés mais oubliés, ceux que je n’ai pas oubliés même si je ne les ai pas trop aimés, ceux qui m’attendent patiemment (peut-être Chevreuse (dont on m’a dit le plus grand bien), La Plus Secrète Mémoire des hommes (idem), Les Papiers de Puttermesser, La Jeune Femme et la Mer (BD)…

Je voulais également vous souhaiter d’excellentes fêtes de fin d’année. Peut-être avez-vous commencé vous aussi à faire le bilan de l’année écoulée. Pour ma part, je la surnomme « année de la désillusion ». Attente, patience, désillusion, acceptation… des pertes mais aussi des gains. La vie, c’est toujours comme ça, « pertes et profits », certaines pertes sont plus douloureuses que d’autres, par exemple renoncer à un client bien aimé, c’est une grosse perte. Mais ce n’est rien en comparaison de la perte de mon iconique jean noir qui, samedi 11 décembre en fin de matinée, a craqué, près de l’aine, jambe droite. Ce jean noir entré dans ma garde-robe il y a six ans et qui avait commencé sa carrière comme le « pantalon chic » que je mariais à des vestes pour mes rendez-vous prestige puis, qui, sous le coup des lavages et de l’usure, avait été rétrogradé en ligue « pantalon de tous les jours » avant de descendre un étage peu plus bas à « jean de week-end et de vacances ». Je pouvais le porter huit jours de suite sans même m’en rendre compte, ni que personne ne s’en rende compte – confinement et télétravail aidant. Mais il a craqué. Et cela aussi, je dois l’accepter.

Je fais le bilan de 2021 et entrevoit 2022, vous aussi, j’en suis sûre – j’ai déjà quelques plans et idées. Je ne sais pas par quoi je vais remplacer mon jean noir, je songe à circuler à vélo, hésite à prendre un second téléphone portable et m’interroge sur deux trois autres aspects de ma vie, mais une certitude demeure : lecture et écriture seront de la partie.

Je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d’année, vous remercie pour votre fidélité et vous souhaite de bonnes lectures.

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